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La Mutualité héraultaise, un pôle mutualiste historique

A l'aube du XXe siècle, l'Hérault s'affirme comme une 'terre exemplaire de solidarité' et comme un point d'ancrage important pour le Mouvement mutualiste français. Au-delà de sa structuration précoce, la création d'œuvres sociales inédites contribue à faire de cette union départementale un modèle national.

Si la Mutualité émerge dans l'Hérault au début du XIXe siècle autour de groupements professionnels, ouvriers, confessionnels et militaires, son essor commence véritablement à la fin du siècle, au moment de la Charte de la Mutualité qui la libère des entraves du passé. Les sociétés de secours mutuels, aux effectifs croissants, étendent leur rayonnement de leur bastion ouvrier originel – mines, métallurgie, tonnellerie, etc. – aux viticulteurs, aux employés et aux fonctionnaires. De premières tentatives de structuration sont également entreprises au niveau local, autour de deux pôles d'attraction rivaux : à la fondation de la Fédération des mutuelles de Montpellier en 1896, succède celle de l'Union des sociétés de secours mutuels de Béziers en 1899. Dans l'Hérault comme ailleurs en France, l'affermissement de l'identité mutualiste passe par le développement d'une sociabilité spécifique au travers de banquets, de fêtes et de défilés au cours desquelles sont arborées les bannières des sociétés. Plusieurs personnalités marquantes jouent un rôle décisif dans cette dynamique, parmi lesquelles Antonin Moulin, père du résistant Jean Moulin, président de la Mutuelle scolaire biterroise La Jeanne-d'Arc, ou encore Charles Warnery.

Charles Warnery et l'union départementale

Issu d'une famille protestante ancienne, Charles Warnery est né en 1858 à Argis (Ain). Négociant en vin, il s'engage en Mutualité en 1888. En 1901, il fait partie des fondateurs de l'Union mutualiste de l'Hérault, dont il prend d'emblée la présidence jusqu'en 1936. Avec Ernest de Casamajor, son secrétaire général qui le secondera de longues années, Charles Warnery donne à la Mutualité héraultaise un élan jamais démenti. Dès 1902, il prend également des fonctions nationales parmi les quinze vice-présidents de la Fédération nationale de la Mutualité Française, poste qu'il occupera jusqu'à son décès en 1942. Plus tard, dans les années 1930, il jouera encore un rôle central au sein de la Caisse départementale des assurances sociales de l'Hérault.

C'est sous l'impulsion de ce militant mutualiste convaincu qu'en 1903, la jeune union mutualiste décide de se doter d'une caisse méridionale d'assurance vie et décès, et de deux caisses départementales, l'une de retraites, l'autre de réassurance en cas de maladie de longue durée. Forte de sa puissance numérique et financière – ses effectifs atteignent 50.000 adhérents en 1907, la plaçant en seconde position derrière le Nord –, l'union départementale de l'Hérault poursuit son ascension dans les années suivantes. Elle se manifeste notamment par l'acquisition d'un local à Montpellier en 1904, l'Institut mutualiste, qui constitue "le véritable pivot de la Mutualité héraultaise", puis par la mise en place de la première Caisse de retraites ouvrières et paysannes du département en 1910.

Une position de choix dans l'armement médico-social mutualiste

Ce dynamisme se concrétise aussi par la mise en œuvre de multiples réalisations sanitaires et sociales, qui placent la Mutualité héraultaise en position de fer de lance du mouvement. Après la pharmacie de Montpellier, en 1901, apparaissent deux établissements de bains-douches, à Béziers en 1904, puis Montpellier deux ans plus tard. Dans le même temps, est organisé un ensemble de services destinés à la petite enfance, dans le cadre de la lutte contre la mortalité infantile affirmée comme une priorité nationale : les mutualités maternelles, fondées à Béziers et Montpellier sur le modèle parisien promu quelques années plus tôt par Félix Poussineau, sont complétées par un service de goutte de lait distribuant du matériel et du lait sain aux mères indigentes, ainsi qu'un dispensaire procurant des soins gratuits aux femmes et à leurs enfants. Par leur diversité et leur complémentarité, ces structures préfigurent la Protection maternelle et infantile, diffusée en France à la Libération seulement.

Mais c'est surtout l'ouverture de la clinique mutualiste de Montpellier en 1910 – la première du genre, qui s'affirmera longtemps comme une référence – qui fera de l'union un précurseur. Profitant du legs d'une riche héritière, cette dernière décide de s'attaquer à une difficulté majeure des groupements mutualistes, celle du financement des interventions chirurgicales : leur coût, souvent hors de portée des modestes finances mutualistes, fait planer la menace de l'hôpital public, qui reste l'objet d'une véritable répulsion chez une majorité de Français. Grâce à un vaste réseau de donateurs – groupements mutualistes, mais aussi préfet de l'Hérault, maire de Montpellier, sénateurs, députés, conseillers généraux, voire même évêques, banquiers et directeurs de journaux locaux –, la clinique est inaugurée le 23 octobre 1910. Accessible à l'ensemble des sociétés mutualistes du département ainsi qu'à celle des unions voisines, l'établissement connaît un succès immédiat et une reconnaissance publique non moins rapide, consacrée en 1913 par sa reconnaissance d'utilité publique, puis par la visite du président de la République Raymond Poincaré, qui déclare lui-même : "Si j'étais malade, je voudrais être soigné ici."

L'indéniable ascension de la Mutualité héraultaise, entamée au tournant du XXe siècle, ne se démentira pas dans les décennies suivantes : en témoignent l'agrandissement et la modernisation de la clinique montpelliéraine en 1935, délocalisée dans le domaine de Beausoleil, la création d'une puissante caisse chirurgicale mutualiste à Béziers ou encore l'ouverture d'une seconde clinique à Béziers en 1952. Et cent ans après sa naissance, au début des années 2000, l'union reste un acteur prépondérant du tissu social héraultais, avec plus de 450.000 bénéficiaires sur une population globale de 950.000 habitants.

Charlotte Siney-Lange