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La Mutualité dans l’Economie sociale et solidaire

La Mutualité s’inscrit dans un mouvement plus large, apparu au XIXe siècle, dont l’ambition est d’améliorer les conditions de vie des plus modestes par de nouvelles formes d’organisation sociale. Mais si elles se rejoignent dans leurs principes de fonctionnement, coopératives, associations et mutuelles n’ont pas encore conscience de leur identité commune. Il faudra attendre la fin des années 1970 pour qu’émerge un véritable mouvement de l’économie sociale, progressivement reconnu par les pouvoirs publics.

Le bouillonnant XIXe siècle

Le XIXe siècle se caractérise en France, comme dans le reste de l’Europe, par de profonds bouleversements. Tandis que le modèle républicain s’affirme dans notre pays au terme d’une longue période de luttes politiques, émergent une société capitaliste et un monde industriel en passe de dépasser l’économie rurale. La composition sociale est quant à elle transformée par l’apparition des classes moyennes et d’un monde ouvrier dont la misère nous est rapportée avec réalisme par Zola dans son roman Germinal en 1885. Face à ces mutations profondes, se développe un ensemble de concepts théoriques et de pratiques qui travaillent à un renouvellement des fondements de la société, rassemblés sous le terme d’économie sociale à la fin du siècle.

A la suite de la mutualité, qui offre dès la fin du XVIIIe siècle des premières formes de prévoyance à une société dénuée de tout filet de sécurité face aux risques sociaux, apparaissent des sociétés coopératives. Elles-mêmes héritières de pratiques anciennes, telles les fruitières médiévales, ces dernières diversifient progressivement leurs champs d’action : coopératives de production, initiées par Philippe Buchez chez les menuisiers (1831) et les bijoutiers (1834), coopératives de consommation, inspirées de l’expérience des « pionniers de Rochdale » en 1844, coopératives agricoles ou bancaires, visant à démocratiser le crédit aux populations modestes. S’y ajoute une profusion d’associations caritatives, culturelles, sportives, politiques ou sociales.

Des initiatives multiformes réunies autour de valeurs communes

Qu’il s’agisse du travail, de la santé, de la consommation, du crédit ou de l’action sociale, ces groupements se proposent d’apporter des réponses inédites aux difficultés des plus modestes afin d’améliorer leur bien-être. En dépit de leurs divergences idéologiques, toutes reposent sur le même projet : émancipation de la personne, fortification de l’individualité, opposition au libéralisme et à l’individualisme. Coopération, mutualité et associations se rejoignent aussi autour de valeurs, forgées très tôt dans leur histoire, et qui continuent d’innerver leur fonctionnement : en premier lieu, la vie démocratique est concrétisée par la tenue d’assemblées générales, au cours desquelles les décisions sont votées collectivement selon le principe « une personne, une voix » ; elle suppose également une parfaite égalité des membres, en devoirs comme en droits. S’y ajoute la liberté, selon laquelle l’adhésion est consentie sans aucune contrainte extérieure. Leur nature non lucrative suppose par ailleurs que les excédents ne profitent pas à un individu, mais à la collectivité. Pour finir, est mise en avant la primauté de l’être humain sur le capital.

Une ébullition intellectuelle

A ces réalisations pratiques, se mêle un ensemble théorique, forgé tout au long du XIXe par un groupe disparate d’intellectuels, à la recherche de solutions pour la question sociale. Au XVIIIe siècle, les philosophes des Lumières opèrent un renversement intellectuel en remettant en cause des modes de pensées imposés par la Monarchie et l’Eglise : à la charité et à la soumission, ils opposent ainsi le libre-arbitre, la responsabilité individuelle, l’égalité et la solidarité entre les êtres ainsi que la recherche du bonheur par des pratiques collectives. Ces valeurs, tout en annonçant la Révolution française, nourrissent des expériences nouvelles, associatives, mutualistes ou coopératives.

Leur succèdent les socialistes utopiques qui, au-delà de leur diversité, s’efforcent de réfléchir aux problématiques sociales en proposant des modèles alternatifs de société. Qu’il s’agisse de Charles Fourier et de son phalanstère, de Saint-Simon et sa théorie de « l’industrialisme », de Pierre-Joseph Proudhon, considéré comme le père de l’anarchisme ou d’Etienne Cabet et sa communauté icarienne, tous se retrouvent dans une conviction commune que l’avenir réside dans l’association au sens large. Les composantes de ce qui deviendra bientôt l’économie sociale se nourrissent également d’autres courants de pensée : le catholicisme social, qui cherche à résoudre la misère ouvrière par une politique sociale conforme aux enseignements de l’Eglise, le paternalisme social, défendu entre autres par Frédéric Le Play ou le solidarisme de Léon Bourgeois.

Mais l’impulsion majeure est donnée par Charles Gide (1847-1932). Ce brillant juriste est le premier à poser les bases théoriques de cet ensemble qu’il rassemble sous le terme d’économie sociale. Ses recherches, d’abord centrées sur les coopératives, s’étendent progressivement aux mouvements mutualiste et associatif. Pour lui, l’économie sociale constitue une réponse concrète aux tensions économiques et sociales. Durant toute sa carrière, il n’aura de cesse de définir une identité commune à ses composantes.

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Il faudra attendre plusieurs décennies avant que la pensée de Gide, tombée en sommeil après sa mort en 1932, soit réactivée. A partir des années 1970, s’engage la construction d’un mouvement bientôt reconnu par le pouvoir politique français : en 1981, la création de la Délégation interministérielle à l’économie sociale (DIES) représente à cet égard une étape décisive. Plus de trente années supplémentaires seront encore nécessaires pour que la loi Hamon, en 2014, reconnaisse pleinement et apporte de nouveaux moyens de développement à l’économie sociale, désormais complétée par l’économie solidaire.