Social : pas d’état de grâce pour le nouveau président

Réforme du Code du travail, de l'assurance-chômage, plafonnement des indemnités prud'homales… les syndicats sont déjà mobilisés.

Au lendemain de l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République, s'est déroulée, à Paris, la première  manifestation du quinquennat, à l'appel de sections de la CGT et de Sud, et d'associations qui n'ont jamais accepté la loi Travail. Un avertissement au nouveau président, qui ne se cache pas de vouloir agir vite et fort sur les dossiers sociaux, indique Le Monde.

Dans le collimateur des syndicats, plusieurs chantiers que le président de la République souhaite ouvrir dès l’été, comme la réforme du Code du travail par ordonnances, le plafonnement des indemnités prud'homales et l'étatisation de l'assurance-chômage.

"Peu loquace sur le contenu de ces textes, afin de ne pas froisser dès à présent les organisations de salariés, l’ex-ministre de l’Economie a cependant précisé que son objectif est d’accorder encore plus de latitude aux chefs d'entreprises afin de faire varier "la durée effective du travail"", écrit le quotidien. "S’y ajouteraient la fusion des instances représentatives du personnel – comme le comité d’entreprise, les délégués du personnel – ainsi que le plafonnement des indemnités prud’homales pour licenciement sans cause réelle et sérieuse, hormis les cas de discrimination ou de harcèlement."

En dehors des ordonnances, plusieurs dossiers importants heurtent les syndicats, explique Le Monde. Celui de l’assurance-chômage, notamment, dont la gestion serait confiée à l’Etat, au lieu des partenaires sociaux.

La réforme des retraites est aussi un sujet de préoccupation, car elle vise à supprimer les régimes spéciaux en vigueur dans certaines entreprises publiques et à remettre en cause le système dont bénéficient les fonctionnaires de la catégorie dite "active". Ces derniers peuvent partir en retraite plus tôt car ils exercent des métiers pénibles ou dangereux, comme les policiers.

Autre sujet qui fâche les syndicats : la suppression de 120.000 postes de fonctionnaires durant le prochain quinquennat. Désireux d’éviter l'affrontement, le nouveau chef de l'Etat a répété, à plusieurs reprises, qu’aucune de ces mesures ne serait décidée sans consulter les syndicats. Une concertation express avec les partenaires sociaux doit avoir lieu cet été. Mais la victoire électorale d'Emmanuel Macron ayant été nette, certains redoutent une certaine intransigeance.

"Avec 66% des suffrages exprimés, il a obtenu un beau score, reconnaît, dans Le Monde, Jean-Claude Mailly, secrétaire général de Force ouvrière. Mais il faut rappeler qu’il a recueilli 24% au premier tour et que beaucoup ont voté pour lui, non pas par adhésion à son projet, mais plutôt pour faire barrage au Front national. La question qui se pose aujourd’hui, c’est de savoir si la future majorité parlementaire va tenir compte de la diversité de ces 66%." "Nous allons voir s’il est prêt à bouger sur certains points qui nous semblent rédhibitoires", comme la place importante accordée aux accords d’entreprise et le plafonnement des indemnités prud’hommales, déclare le leader de FO.

Quant à la CFDT, elle se déterminera en fonction du contenu des ordonnances. "On essaiera de faire passer le maximum de choses auxquelles on tient, déclare, dans Le Monde, Véronique Descacq numéro deux de la CFDT. S’il faut manifester, on ira." De son côté, la CGT réunira ses instances aujourd'hui pour analyser la situation politique et économique.

Par ailleurs, Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy, juge "assez bizarroïde" la méthode choisie pour réformer le Code du travail. "Le fait de vouloir passer par des ordonnances est une façon de dire aux syndicats et au patronat que leur rôle se situe à l’échelon des entreprises et des branches, mais pas ou peu au niveau interprofessionnel. Or, c’est contraire à l’idée de démocratie sociale", estime-t-il.

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John Sutton

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