Séisme de magnitude 25

Le résultat des élections européennes fait la "une" de la quasi-totalité des quotidiens nationaux, qui dépeignent le "séisme" (Le Figaro) ou le "big bang" (Le Parisien/Aujourd'hui) provoqué par le score du Front national. "La France FN", titre Libération, qui observe que, "pour la première fois en France, le parti de Marine Le Pen arrive en tête dans les urnes". "Avec 25% des voix, il de­vance largement une UMP autour de 20% et un PS en déroute historique sous les 15%", ajoute le quotidien. Pour Les Echos, le résultat de ces élections constitue "L'exception française", même s'il y a eu "un vote protestataire dans toute l'Union européenne".

Selon des chiffres, qui restent à confirmer par le ministère de l'Intérieur, le Front national aurait remporté 24 sièges, l'UMP 20, le PS 13 (dont 1 pour le PRG), L'UDI 7, Europe Ecologie/Les Verts 6, le Front de gauche 3, DVG 1, sur les 74 sièges d'eurodéputés attribués à la France. Le FN réalise ses meilleurs scores dans ses "bastions", notamment le Nord-Ouest (32,6%) et le Sud-Est (28,9%). Seuls l'Ouest, l'Ile-de-France et l'Outre-mer ont placé l'UMP en tête.

"Ce scrutin est plus qu'une nouvelle alerte, c'est un choc, un séisme", a reconnu, hier soir à la télévision, le Premier ministre, la mine grave, avant de souligner un "score médiocre des partis de gouvernement, tout particulièrement de la majorité et de la gauche", soulignent Les Echos (page 2). Pour sa part, le président de la République considère ce résultat comme "un évènement majeur", dont les "leçons doivent être tirées", a fait savoir son entourage.

"Le PS avait pour modeste objectif de ne pas faire moins bien qu'en 2009, avec 16,5% des voix et 14 eurodéputés. Pari raté", estime Libération (pages 2 et 3). "Le choix de placer la campagne socialiste française sous la bannière de l'Allemand Martin Schulz, candidat du PSE à la présidence de la Commission, s'est révélé calamiteux", ajoute le quotidien, qui juge également que "l'implication personnelle de Manuel Valls […] n'a visiblement eu aucun impact".

"Dans nombre de pays, on assiste à un désaveu cinglant des équipes au pouvoir, tandis que même dans les pays a priori immunisés contre l'extrême droite, des partis nationalistes font leur percée, comme par exemple au Danemark", où le parti d'extrême droite arrive en tête avec 23%, précisent Les Echos (page 4). Pour le quotidien économique, "ce qui frappe, c'est la percée des forces eurosceptiques" en France, en Grèce, en Autriche, en Hongrie et au Royaume-Uni. "C'est aussi une institution jugée trop complexe, techno, éloignée des citoyens qui a été ciblée hier", analyse, pour sa part, Le Parisien/Aujourd'hui (page 2), qui souligne que, malgré un "rejet de l'Europe" partagé, "c'est la France qui envoie le plus de députés antieuropéens à Strasbourg".

Selon une projection communiquée par le Parlement européen, les conservateurs du Parti populaire européen (PPE) resteraient en tête avec 212 sièges sur 751, contre 186 pour les socialistes. Les Libéraux obtiendraient 70 eurodéputés, suivis par les Verts (55). Les quatre partis pro-européens passeraient de 612 à 523 sièges. Quant aux différents partis europhobes, qui ne constituent pas un bloc homogène, ils compteraient au total plus de 140 députés. La nouvelle équipe européenne se met en place au Parlement aujourd'hui. La Commission fera de même d'ici à la mi-juillet. Parmi ses priorités, selon La Croix (page 7) : lutter contre le chômage, renforcer l'Europe sociale, trouver un compromis sur l'accord de libre-échange avec les Etats-Unis, ou encore, s'attaquer à la question de l'immigration.

John Sutton

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