La Sécu s’attaque au renoncement aux soins

L'assurance maladie a réalisé une enquête pointant un taux de renoncement aux soins élevé dans une vingtaine de départements. Elle va généraliser à toute la France, d'ici à 2018, des plates-formes locales d'accès aux droits.

Plus du quart des assurés sociaux (26,5%), interrogés dans dix-huit caisses primaire d'assurance maladie (Cpam) disent avoir renoncé à se faire soigner en 2016, selon l'Observatoire des non-recours aux droits et services (Odenore), rapporte Le Monde.

Mandaté par la Cnam, l'Odenore a sondé 29.000 usagers des Cpam. Environ 39% des assurés interrogés font une croix sur des prothèses dentaires (sans plafond tarifaire jusqu'en 2017), 34% sur des soins dentaires conservateurs (des tarifs pourtant régulés), rapportent Les Echos.

Viennent ensuite les consultations de spécialistes, surtout l'ophtalmologie et les lunettes. 59% des patients interrogés évoquent le reste à charge trop élevé et 32% l'impossibilité de faire l'avance de frais. "Les délais trop longs pour obtenir un rendez-vous ou le manque de disponibilité des médecins ne sont mis en avant que dans respectivement 12% et 11% des cas", indique le quotidien économique.

Près de 80% des "renonceurs" sont pourtant couverts par une complémentaire santé. Un sur cinq bénéficie de la CMU-C. La plupart de ceux qui renoncent aux soins "sont plutôt des gens qui auraient droit à une aide à la complémentaire santé (ACS), mais qui ne s'en servent pas", expliquent Les Echos.

"Il y a la Sécurité sociale, les filets de sécurité comme l'ACS (réformée en 2015) ou la CMU, les contrats collectifs devenus obligatoires en entreprise, le tiers payant (en cours de généralisation). Mais cela ne suffit visiblement pas", constate le quotidien économique.

L'expérimentation a débuté à Nimes (Gard), en 2014, en partenariat avec la Mutualité gardoise. Dans cette ville, "on s'étonnait parce que des personnes qui avaient obtenu le secours financier de la caisse pour des soins dentaires... ne l'utilisaient pas", souligne le journal.

"Nous avons demandé à des chercheurs de l'université de Grenoble de mener des entretiens approfondis avec 24 assurés que nous avions repérés, explique, dans Les Echos, le directeur de la Cpam du Gard, Christian Fatoux. Nous avons constaté que les renoncements étaient souvent multiples, qu'ils étaient liés à un reste pour vivre très faible, que les gens étaient perdus dans les démarches administratives et avaient des difficultés à s'orienter dans le système de soins."

Comme le renoncement était loin d'être marginal (un tiers dans le Gard), la Cpam a ouvert, en 2014, une plate-forme d'aide aux soins et à la santé. Chaque "renonceur" a été suivi par un agent de la caisse, qui a fait le bilan de ses droits et l'a orienté vers des médecins à tarifs opposables, n'hésitant pas à rappeler pour s'assurer que les démarches avaient abouti.

Le directeur général de la Cnam, Nicolas Revel, a étendu l'expérimentation en 2014, rappelle le quotidien économique. Depuis 2016, vingt-et-une caisses participent à l'expérimentation. Dans le Val-d’Oise, le premier bilan est clairement positif, constate Le Monde. Sur les 283 premières personnes sélectionnées, 120 accompagnements ont abouti, 115 sont en cours. "Soit 235 personnes qui n'auraient pas réalisé des soins sans notre aide", se réjouit Valérie Rivet, un des agents chargé de cette mission d'aide à la Cpam de Cergy-Pontoise (Val d'Oise).

Tous les départements seront dotés de leur plate-forme d'accès aux droits d'ici à avril 2018, promet Nicolas Revel, qui salue le "changement culturel dans la vocation des agents de l'assurance maladie" : d'une logique du contrôle à une logique de service aux assurés, rapportent Les Echos.

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John Sutton

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