Pourquoi la santé devrait s’imposer dans le débat présidentiel

Pour Brice Teinturier, directeur général délégué d'Ipsos France, et Jean-David Zeitoun, docteur en médecine, l'élection présidentielle serait une occasion légitime de faire de la santé un sujet de réflexion, voire de controverse.

"La santé est depuis longtemps un sujet sensible et une forte préoccupation forte des Français. Ils sont non seulement attachés à leur santé (…), mais également au système de santé, fiers de ce qu'il est, considéré comme un modèle et, comme sur de nombreux sujets, inquiets de son évolution", écrivent Brice Teinturier, directeur général d'Ipsos, et Jean-David Zeitoun, docteur en médecine, dans une tribune publiée dans Le Monde.

Parmi les atouts de ce système : "L'excellence des soins (…), leur libre accès (…) et son universalité", ajoutent-ils. Dans le même temps, les deux auteurs du texte estiment que les Français sont conscients d'un certain nombre de réalités : démographie vieillissante, progrès thérapeutiques coûteux, déficits chroniques et sur-sollicitation de l'hôpital public, en particulier des urgences.

Malgré ces faiblesses, ils ont du mal à envisager une réforme du système, tant ils craignent une régression. "Au contraire, ce système si excellent et menacé, il faut le préserver", énoncent-ils. En premier lieu, en tentant de lutter contre les gaspillages. "Agir contre les abuseurs, oui ; réformer en profondeur le système, non", semblent penser les Français.

"Dans un tel contexte, la santé n'a jusqu'à maintenant jamais véritablement constitué un sujet de controverse politique puissant et encore moins un enjeu clivant dans une campagne électorale", observent Brice Teinturier et Jean-David Zeitoun. La santé des populations tendant à s'améliorer, "aucun candidat ne s'était risqué, sur un sujet aussi surdéterminé individuellement et collectivement, à briser le consensus existant sur "l'excellence de notre système"".

Or, relèvent les auteurs de la tribune, les propositions de François Fillon sur le financement du système de soins et la polémique qu'elles ont engendrée vont peut-être faire bouger les lignes, comme ce fut le cas au Royaume-Uni ou aux Etats-Unis. Dans ces deux pays, l'état de santé des populations se dégrade, entraînant logiquement une moins bonne perception du système. "Il semble que la question de la santé ait influencé les votes du Brexit et de la présidentielle américaine", estiment les auteurs.

"Bien sûr, la France n'est ni le Royaume-Uni ni les Etats-Unis. Notre système de santé est en moyenne plus protecteur et moins inégalitaire, reconnaissant Brice Teinturier et Jean-David Zeitoun. Mais les problèmes ne manquent pas."

"La présidentielle serait donc une occasion légitime de faire de ce sujet de préoccupation un sujet de réflexion et éventuellement de controverse", jugent les deux signataires, qui interrogent : "Sera-t-il mis sous le boisseau ou assisterons-nous pour la première fois à son irruption dans le débat électoral ?"

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John Sutton

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