Quel financement pour la télémédecine ?

A quelques jours de la présentation, le 23 septembre, du budget 2017 de la Sécu, la Fédération hospitalière de France (FHF) demande au gouvernement que les actes de télémédecine soient rémunérés "à l'activité", c'est-à-dire de la même façon que les actes classiques, indique le site du Monde.

Même si certains de ces actes sont aujourd'hui financés par des forfaits, l'absence de leur prise en charge par l'assurance maladie constitue, selon cette fédération, un "obstacle majeur" à leur déploiement. "Tant que les actes des médecins effectués à distance n'auront pas de valeur financière, les hôpitaux n'auront pas de visibilité pour développer la télémédecine", argumente David Gruson, délégué général de la FHF.

Un premier bilan des expérimentations lancées pour quatre ans en mai 2014 dans neuf régions (notamment en dermatologie, gérontologie et psychiatrie) doit être présenté le 30 septembre par la Haute Autorité de santé (HAS). S'il est positif, la télémédecine pourrait devenir un outil essentiel du remodelage de la carte hospitalière. "Cela permettrait de renforcer les capacités d'expertise médicale spécialisée sur les principaux plateaux techniques, tout en maintenant une offre de soins de proximité dans les hôpitaux périphériques plus isolés", estime David Gruson, dans lemonde.fr.

Dans certaines spécialités et sous certaines conditions, les médecins pourraient fournir plus rapidement et plus efficacement un avis à distance, sans "dialogue singulier" avec le patient. Ce qui permettrait d'économiser sur les transports sanitaires, mais aussi de pallier le manque de médecins dans certaines spécialités, explique le quotidien. Un rapport sur la mise en place des groupements hospitaliers de territoire (GHT), remis en février dernier à la ministre de la Santé, évoquait déjà l'intérêt de "mutualiser des lignes de gardes et astreintes grâce à la réalisation de téléconsultations ou télé-expertises la nuit, les week-ends et les jours fériés", rappelle lemonde.fr.

"Tous les patients pourront avoir la même chance d'avoir accès à l'avis d'un spécialiste, quelle que soit leur distance d'un CHU", se félicite Nathalie Borgne, directrice adjointe en charge des projets médicaux innovants aux Hospices civils de Lyon. "Les hôpitaux connaissent actuellement une période d'effervescence et de grande agitation autour de la question de la télémédecine, constate-t-elle dans lemonde.fr. Il y a deux ans, il fallait attendre plus de six mois pour avoir un rendez-vous, ce dispositif a permis de ramener ce délai à huit jours."

"Il faut maintenant convaincre les pouvoirs publics qu'il y aura un retour sur investissement et des gains d'efficience mesurables sur plusieurs années, explique le Dr Pierre Simon, ancien président de la Société française de télémédecine. Toutes les expérimentations montrent que lorsqu'on favorise les expertises entre médecins, on évite les hospitalisations inutiles, dont certaines peuvent coûter jusqu'à 3.000 euros la nuit."

Un gisement d'économies que le gouvernement observe prudemment. Si des mesures en faveur du développement de la télémédecine figureront dans le prochain budget de la Sécu – en plus des 750 millions d'aide à l'investissement déjà promis aux hôpitaux pour les cinq années à venir –, le ministère de la Santé rappelle la nécessité de "bien calibrer le dispositif, car ces nouvelles pratiques ont un coût".

De son côté, l'assurance maladie affirme qu'elle "accélère le mouvement". Mais elle juge qu'un "un basculement de la tarification pour tous les actes ne peut pas être décrété du jour au lendemain". En clair, pas de changement d'ampleur comme le réclame la Fédération hospitalière de France, mais une évolution tarifaire mesurée au regard de l'"utilité", de l'"efficience" et des "conditions de sécurité et d'efficacité" de chaque acte de télémédecine, explique lemonde.fr.

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John Sutton

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