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PLFSS 2019 : les médecins refusent que les pharmaciens prescrivent des médicaments

Le PLFSS 2019 prévoit une délégation de compétence des médecins aux pharmaciens leur permettant de prescrire des médicaments pour certaines pathologies. Les syndicats de médecins libéraux sont vent debout contre ce qu’ils dénoncent comme une "vente à la découpe de la profession".

"Jamais depuis l'élection d'Emmanuel Macron, les médecins n'avaient condamné de façon aussi forte et aussi unanime une réforme touchant le système de santé", estime Le Monde.

A l'origine de cette colère, l'adoption par les députés, le 17 octobre 2018 en commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale, d'un amendement au PLFSS 2019 prévoyant d'expérimenter, sous certaines conditions, la délivrance sans ordonnance par les pharmaciens de médicaments à prescription médicale obligatoire.

"Ça commence à suffire ! On ne transforme pas le système de santé en enlevant des compétences aux médecins pour les donner à des professionnels qui ne les ont pas dans leur périmètre ou dans leur formation ! Il y a un moment où il faut que les choses s'arrêtent !", s'insurge Patrick Bouet, président de l'Ordre national des médecins, alors que le PLFSS 2019 est débattu par les députés en première lecture jusqu'au vendredi 26 octobre.

"Lassé" et "déçu", Patrick Bouet dénonce une "surenchère d'amendements proposant des expérimentations ne s'inscrivant pas dans une stratégie de réforme du système de santé", rapporte Le Monde. Le dispositif adopté en commission est perçu par les médecins comme une atteinte à deux de leurs prérogatives fondamentales : le diagnostic et la prescription.

L'amendement prévoit d'autoriser à partir du 1er janvier 2019, et pour une durée de trois ans, les pharmaciens de deux régions à délivrer des médicaments "dans le cadre d'un protocole médical et de coopération conclu avec le médecin traitant et les communautés de santé des structures coordonnées". Pour se prononcer sur une demande de patients, les pharmaciens pourront se référer à un "arbre décisionnel" élaboré avec des médecins. Les médicaments concernés seront quant à eux définis par arrêté ministériel.

Parmi les pathologies qui pourraient donner lieu à de telles délivrances, la ministre de la Santé cite les infections urinaires, les orgelets, les angines… "Ce sont des demandes quasi quotidiennes", confirme, dans Le Monde, Carine Wolf-Thal, présidente de l'Ordre des pharmaciens, favorable à cette initiative. "Je comprends l'inquiétude des médecins, dit-elle. L'idée n'est pas de faire sans eux, mais de sécuriser ce que les pharmaciens peuvent faire. A un moment, il faut être pragmatique par rapport aux problèmes d'accès aux soins que vivent les Français."

Les médecins voient dans cette expérimentation une nouvelle étape de la "vente à la découpe de la profession", selon la formule du syndicat de généralistes, MG France, qui dénonce une "confusion des rôles". La mesure, qui figurait dans les préconisations du rapport du député de la Charente, Thomas Mesnier (LRM), pour améliorer l'accès aux soins non programmés, a reçu le soutien de la ministre de la Santé.

"L'expérimentation mérite toujours d'être menée, et d'être généralisée s'il s'avère qu'on ne fait pas prendre de risque à la population", a déclaré Agnès Buzyn le 23 octobre, au quotidien Les Echos. Les médecins, eux, mûrissent leur contre-attaque et espèrent que la mesure sera supprimée lors de l'examen du PLFSS au Sénat.

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John Sutton

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