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Pilules de 3e génération : gestion de crise

Faut-il craindre une "crise de confiance" vis-à-vis des pilules de 3e génération ? C'est ce que redoutent des médecins et épidémiologistes qui s'inquiètent d'une possible recrudescence des interruptions volontaires de grossesse.

Une vague de panique va-t-elle naître de la décision de dérembourser les pilules de 3e et 4e gé­nérations dès le 31 mars ? Si l'on en croit certains observateurs, cette intention de la ministre de la Santé pourrait, en tous cas, susciter des réactions inattendues, voire contre-productives.

Le Collège national des gynécologues et obstétriciens français (CNGOF) est de ceux-là. Par la voix de son président, Bernard Hédon, qui s'exprime dans L'Humanité (page 10), le CNGOF estime en effet que ce choix risque d'entraîner une recrudescence des interruptions volontaires de grossesse (IVG). Selon lui, un tel phénomène s'est déjà vu dans le passé, en Grande-Bretagne en 1995, ou même en France.

Afin d'évaluer les conséquences d'une éventuelle "crise de confiance" vis-à-vis des pilules de 3e génération, il lui semble donc nécessaire que les autorités sanitaires mettent en place une "vigi­lance". Vendredi, dans une tribune commune parue dans Libération (page 22), les épidémiologistes Alfred Spira et Caroline Moreau, ainsi que la gynécologue Danielle Hassoun et la sociologue Nathalie Bajos, estimaient aussi que si des "informations claires" n'étaient pas délivrées, des centaines de milliers de femmes inquiètes pourraient être conduites à arrêter leur contraception.

Visée, au même titre que le laboratoire Bayer, par la plainte de la jeune femme qui accuse sa pilule d'être responsable de son accident vasculaire cérébral (AVC), l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) a organisé vendredi une réunion sur le sujet. Dans un entretien au Monde (page 8), son directeur, Dominique Maraninchi, se dit bien conscient que le discrédit porté sur ces pilules "pourrait déboucher sur une situation sanitaire lourde de conséquences".

Actuellement, indique-t-il, à la de­mande du ministère de la Santé et en partenariat avec les professionnels de santé, l'ANSM travaille "afin d'examiner les modalités de modifications des conditions de prescription et de délivrance" de ces médicaments. D'ici une dizaine de jours, une décision pourrait être prise comme par exemple assortir les prescriptions de ces contraceptifs d'informations et d'examens préalables. En revanche, l'idée d'une "restriction de la prescription aux spécialistes" ne lui semble pas "souhaitable".

Certains, tel le professeur de pharmacologie médicale Jean-Louis Montastruc, de Toulouse, prônent les "alternatives beaucoup plus sûres" que sont les pilules de seconde génération. Interrogé dans Le Figaro (page 9), il déclare ainsi ne pas comprendre "pourquoi on attend le mois de mars pour dérembourser" les pilules mises en cause, étant donné que leurs risques sont deux fois plus important, en particulier pour les thromboses veineuses, les phlébites ou encore les embolies pulmonaires.

A ces risques, peut-être faut-il ajouter celui de la cécité. Selon Le Journal du dimanche daté du 6 janvier, une plainte a été déposée, encore contre les laboratoires Bayer, par une jeune Bordelaise qui a "failli perdre la vue à la suite d'une thrombose de l'œil". En cause, Diane 35®, un traitement hormonal antiacné qui a les mêmes propriétés qu'une pilule contraceptive de 3e génération, détourné depuis trente ans pour son double effet : prévenir les grossesses et soigner les problèmes de peau. Cette prescription hors autorisation de mise sur le marché (AMM), juridiquement floue, est régulièrement dénoncée par de nombreux praticiens.

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Même si les rhumes sont des affections bénignes, leurs traitements ne doivent pas, eux, être, traités à la légère. C'est le sens de la récente mise en garde de l'Agence nationale de sécurité du médicament (ANSM) sur les risques potentiels de certains médicaments en vente libre.

Selon l'ANSM, en effet, "des données récentes et actualisées de pharmacovigilance font état d'une persistance d'effets indésirables cardio-vasculaires et neurologiques exceptionnels mais graves avec les décongestionnants renfermant un vasoconstricteur". Parmi ceux-là, on compte notamment le Dolirhume®, l'Humex rhume®, l'Actifed rhume®, le Nurofen rhume®…, soit tous ces produits délivrés sans ordonnance que l'on utilise en automédication.

Dans ses recommandations, l'ANSM conseille de suivre attentivement "la posologie maximale journalière et une durée maximale d'utilisation de 5 jours", rapporte Le Figaro (page 10). De surcroît, ces produits ne doivent pas être utilisés chez l'enfant avant 15 ans, ni en cas d'hypertension artérielle ou d'antécédents d'accidents vasculaires cérébraux (AVC), de convulsions, d'insuffisances coronaires ou encore de facteurs de risques pour ces affections.

Dans certaines situations, il est même parfois recommandé de demander l'avis de son médecin avant la prise d'un de ces médicaments, poursuit le quotidien, notamment "en cas de traitement pour une maladie chronique". Avec un excès d'aspirine, des risques d'hémorragies gravissimes peuvent, par exemple, se produire chez les malades traités par anticoagulants. Un diabétique traité par un hypoglicéminant peut, quant à lui faire, un coma hypoglicémique.

Prudence donc avant toute prise. Mais pour bien choisir, souligne Le Figaro, ne pas hésiter à demander conseil à son pharmacien ou à un professionnel de santé, ce qui permet de ne pas laisser l'information "pratiquement aux seules mains des industriels du médicament".

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)