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Optique : UFC-Que choisir dénonce les fraudes aux complémentaires

C'est un constat déjà établi que confirme aujourd'hui UFC-Que choisir. Dans le but de mesurer "la fraude des opticiens vis-à-vis des organismes complémentaires", l'association de consommateurs a réalisé au mois de novembre une enquête menée anonymement chez 1.188 opticiens français, soit 10% des magasins d'optique, annonce Le Parisien/Aujourd'hui (page 8).

Le résultat de cette opération, conduite par des "clients mystères" confirme notamment le "phénomène bien connu" de la falsification des factures de lunettes par l'opticien, afin que les clients soient mieux remboursés par leur complémentaire.

Se faisant passer pour des clients ordinaires venant se renseigner en vue d'un prochain achat de lunettes, les enquêteurs "devaient sélectionner une monture plus coûteuse que le maximum remboursable par leur complémentaire, informer le vendeur de cet état de fait, et observer sa réaction", explique Le Monde (page 11). Résultat : 28% des opticiens ont suggéré au client de prendre des lunettes moins chères, 15,7% ont réalisé un rabais par "geste commercial", tandis que, dans 17,9% des cas, l'opticien s'est proposé de modifier la facture adressée à la complémentaire santé afin de majorer le remboursement. Ce qui signifie, en résumé, qu'un opticien sur cinq est adepte de cette pratique.

L'astuce est classique, détaillent Les Echos (page 2) : il suffit de "gonfler le prix facturé sur les verres et baisser celui de la monture". Or, cette démarche est "condamnable et préjudiciable, dé­nonce le président d'UFC, Alain Bazot, car cela alimente le côté inflationniste du sys­tème". De fait, par ces pratiques, le prix moyen d'une paire de lunettes est de 470 euros en France, un record en Europe.

Pour éviter ces dérives, l'association de consommateurs réclame donc la mise en place d'une enquête de la direction de la répression des fraudes, mais aussi d'autres dispositions que celle du plafonnement des remboursements de l'optique prévue dans un prochain décret. Pour l'UFC-Que choisir, le gouvernement "doit s'attaquer à la cause du problème, explique Alain Bazot. Si on ne met pas fin à cela, c'est le prin­cipe même de mutualisation qui ne pourra plus tenir".

Parce que certaines d'entre elles ont fait des lunettes un produit d'appel en proposant des garanties élevées, les complémentaires ont leur part de responsabilité dans ces dérives du marché de l'optique, rapporte Le Monde. Leurs remboursements avantageux ont pu doper les prix pratiqués, entraînant par la loi d'un cercle vicieux la hausse des cotisations (+38% de 2006 à 2013), explique le quotidien.

Le président de la Mutualité Française était l'invité hier de "La Newsroom" de LCI, aux côtés de Mathieu Escot, qui a suivi cette enquête à l'UFC-Que choisir. Etienne Caniard n'a pas usé de la langue de bois, admettant que, sous le double effet de l'absence de régulation par les pouvoirs publics et de la concurrence, les complémentaires santé ont "remboursé à l'excès" les lunettes.

Mais pour autant, les mutualistes sont également victimes des pratiques dénoncées par l'UFC-Que choisir. "La Mutualité Française est aujourd'hui parfaitement consciente du problème", a indiqué Etienne Caniard. Il faut donc – pour tous les acteurs concernés – "siffler la fin de la récré". Le responsable mutualiste in­vite ainsi toutes les parties prenantes à "faire comme les mutuelles et à réclamer des règles de régulation pour retrouver un marché qui soit comparable à celui des autres pays".

La Mutualité Française et l'UFC-Que choisir se retrouvent pour parier sur le développement des réseaux d'opticiens conventionnés pour maîtriser les prix. Des réseaux mutualistes contre lesquels le lobby des opticiens s'est fortement mobilisé au cours des dernières années, avant l'adoption définitive d'une loi fin 2013.

L'intérêt des assurés sociaux est en jeu : Etienne Caniard indique que le reste à charge de l'assuré social est largement inférieur dans les réseaux. Preuve que ce dispositif peut réguler les prix tout en garantissant à l'opticien une activité économique. Au passage, il a souligné les bonnes pratiques des Opticiens mutualistes qui, dans leurs centres optiques, proposent des prix inférieurs en moyenne de 17,5% aux autres enseignes.

Toujours sur LCI, Mathieu Escot a relayé les doutes de l'association de consommateurs sur la portée du plafonnement des remboursements complémentaires, tel qu'il est envisagé dans le projet de décret sur les contrats responsables : ce dispositif arrive "trop tard", au vu des prix atteints en optique, a-t-il fait valoir. Un doute partagé de manière plus mo­dérée par Etienne Caniard.

Pour la Mutualité Française, l'essentiel est de donner un coup d'arrêt à une dérégulation qui conduit chaque année environ 2 millions de personnes à différer ou renoncer à des soins optiques.

 

Régime sec pour les hôpitaux

Changement d'approche pour le ministère de la Santé vis-à-vis de l'hôpital. Alors qu'il y a deux ans Marisol Touraine promettait de remettre les établissements publics de santé au cœur du service public hospitalier, notamment grâce à des mesures tarifaires qui leur seraient avantageuses, c'est aujourd'hui le désenchantement pour la plupart des établissements.

En effet, indiquent Les Echos (page 4), la contrainte financière qui pesait sur eux se maintient, et les dépenses publiques qui leur sont allouées continuent de progresser "à un rythme historiquement faible".

Pour les années à venir, les hôpitaux devront continuer de se serrer la cein­ture. Hier, la ministre de la Santé a en effet rappelé que dans le "contexte financièrement contraint, des économies sont possibles, elles sont même nécessaires". Celles-ci devront s'élever à au moins trois milliards d'euros d'ici à 2017.

Pour y parvenir, écrit le quotidien économique, "les hôpitaux et les cliniques devront accélérer l'essor de la chirurgie ambulatoire, qui permet à un patient de rentrer chez lui le soir même après une intervention au lieu de passer la nuit à l'hôpital". En réalisant dès 2016 une opération sur deux dans ces conditions, 1 milliard d'euros d'économies pourraient être réalisé selon le gouvernement.

Les coopérations entre établissements d'un même territoire permettront également de faciliter la mutualisation d'"un certain nombre d'activités liées au système d'information, à la formation, aux achats". Ces coopérations figureront dans la "loi de santé" qui doit être présentée d'ici à un mois. Celle-ci relancera également le dossier médical personnalisé (DMP) afin de faciliter les échanges d'informations sur les patients entre les hôpitaux.

De son côté, la Fédération hospita­lière de France (FHF) s'inquiète de ce coup de "rabot", notent Les Echos, et consi­dère comme "illusoire" l'objectif d'un milliard d'euros d'économies grâce à la chirurgie ambulatoire. Au mieux, estime son président, Frédéric Valletoux, 570 millions pourront être dégagés.

Frédéric Lavignette et Pascal Lelièvre

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)