Nouvelle architecture

Le gouvernement du nouveau Premier ministre, François Fillon, perturbe bien des repères. En raison de la "rupture" souhaitée par Nicolas Sarkozy lors de la campagne électorale, le dispositif ministériel présenté vendredi dernier se traduit par l'ouverture, la parité, et une réduction du nombre de portefeuilles, relève Le Figaro de samedi (pages 6 à 11). Mais ce qui rompt le plus avec les habitudes traditionnelles de la Ve République, poursuit le quotidien, ce sont les "redécoupages ministériels" entrepris "par soucis d'efficacité". Pour autant, il est difficile actuellement de savoir à quel ministère revient la gestion de certains dossiers.

Nommé à la tête d'un "super Grenelle", l'ancien ministre de la Santé, Xavier Bertrand, hérite ainsi "de la quasi-totalité des dossiers chauds", explique Le Monde de samedi (page 10). Même si les périmètres de son action ne semblent pas encore totalement arrêtés, une chose est certaine : il aura la supervision des deux branches de la Sécurité sociale (famille et retraite).

A cela, il faut ajouter l'engagement des "réformes du contrat de travail unique, des retraites, du service minimum – un dossier qu'il cogérera avec les transports, voire l'Education nationale –, mais aussi les heures supplémentaires, également suivies à Bercy, ou encore la flexibilité et la sécurisation des parcours professionnels", poursuit le quotidien. Enfin, c'est à lui que reviendrait également la charge de mettre en œuvre la création de la "cinquième branche" consacrée à la dépendance.

"Mais la Sécu sera aussi sous la coupe d'Eric Woerth", prévient Le Figaro. En effet, il revient à ce ministre du Budget, des Comptes publics et de la Fonction publique "de faire la synthèse des comptes de l'Etat et ceux des organismes sociaux". De son côté, la ministre de la Santé, de la Jeunesse et des Sports, Roselyne Bachelot-Narquin, "voudra sans doute avoir son mot à dire sur la branche maladie". Le cas inverse suscite l'inquiétude des syndicats médicaux, qui mettent déjà en garde "contre un retour à la “maîtrise comptable“ des dépenses de santé, façon Juppé" poursuit le journal. Le président de la CSMF, Michel Chassang, craint en effet "que le ministre de la Santé n'ait plus les moyens financiers de sa politique, qu'il y ait des difficultés à concilier les besoins de santé des Français avec les exigences comptables de Bercy".

Concernant l'annonce des chiffres de l'emploi, relève La Tribune (pages 25 à 28), "le goût sera peut-être un peu amer pour Xavier Bertrand quand, à la fin de chaque mois, c'est à Jean-Louis Borloo que reviendra – en principe – le soin d'annoncer la poursuite de la baisse du chômage", en tant que ministre de l'Economie, des Finances et de l'Emploi.

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Alors que les syndicats sont plutôt favorables à des négociations "entreprise par entreprise" en matière de service minimum, le nouveau ministre du Travail, des Relations sociales et de la Solidarité n'exclut pas le recours à la loi. Selon Le Figaro (page 27), qui rapporte ses propos tenus sur Canal +, Xavier Bertrand estime toutefois qu'il doit y avoir "d'abord dialogue" avant de recourir à cette solution. Il semble d'ailleurs assez confiant sur les négociations à venir, en particulier avec les syndicats des transports et de l'Education nationale. Elles devraient permettre d'échapper à un "conflit dur", estime Libération (page 11). "Cette volonté d'aboutir de la part des Français, les partenaires sociaux l'ont à l'esprit. Après, chacun prendra ses responsabilités", poursuit ce quotidien.

Début 2008, avertit Libération, Xavier Bertrand devra aussi revenir sur le dossier des retraites "et il sera difficile de l'aborder si la question de la réforme des régimes spéciaux n'est pas à l'ordre du jour". Mais dans un cas comme dans l'autre, qu'il s'agisse du service minimum ou des régimes spéciaux, le ministre du Travail devra forcément se concerter avec le ministre des Transports, Alain Juppé.