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Mediator® : témoignages accablants

Libération (pages 1 à 4) s’est procuré deux procès verbaux d’audition accablants pour le laboratoire Servier, qui aurait falsifié des rapports d’expertise pour obtenir l’autorisation de mise sur le marché (AMM) du Mediator®. Le premier émane du Pr Jean Charpentier, qui a rédigé des expertises pour Servier. Face aux juges, il a expliqué que son travail avait été caviardé, voire falsifié, afin que le Mediator® soit reconnu comme antidiabétique.

Le "but était de montrer que le caractère anorexigène principal de cette molécule avait également un mécanisme d’action faible" sur le diabète (Libération, page 4). Mais, en 1972, "Jacques Servier a décapité la direction de la recherche". C’est alors qu’"il y a eu une déviation" quand la nouvelle équipe "a fait de l’action secondaire l’action principale". Autrement dit, le médicament est promu comme un antidiabétique et non plus comme un coupe-faim. Alors même, souligne le Pr Charpentier, que ce produit n’avait "pas de propriété pour le diabète mise en évidence à l’époque".

"Le choix du diabète s’explique car c’est un domaine infiniment plus rentable pour les labos", assure-t-il. Ce témoignage crucial « enrichit de manière décisive l’enquête pour “tromperie“ et “tromperie aggravée“", estime Libération, qui souligne que "de toutes les infractions présumées confiées aux trois juges, c’est la plus importante, car elle a des conséquences sur toutes les autres".

Le second témoignage recueilli par les magistrats, est celui de Jacques Duhault, ancien chercheur du laboratoire, qui estime qu’"on peut regretter que Servier n’ait pas arrêté le produit en 1999, au nom du principe de précaution" (Libération, page 4). Il confirme aussi que le Mediator® était bien un "anorexigène", soit un coupe-faim, ce que Servier nie depuis près de quarante ans, pour commercialiser son médicament comme antidiabétique.

Le laboratoire a déjà mesuré les enjeux de cette enquête. La "bataille juridique sur la tromperie doit être gagnée" pour éviter la "responsabilité pénale" et obtenir une "prise en charge de l’assurance", indique une récente note interne saisie lors d’une perquisition. Axa, l’assureur de Servier a en effet indiqué qu’il ne rembourserait rien s’il est démontré que le Mediator® est un coupe-faim.

"Il serait rassurant de penser que de tels agissements ne sont aujourd’hui plus possibles, écrit Paul Quino, l’éditorialiste de Libération. (…) Face aux efforts des pouvoirs publics pour contrôler de façon satisfaisante les dérives de l’industrie pharmaceutique, face aux discours sur la nécessaire transparence des procédures d’habilitation des médicaments, une logique, plus forte que toutes les autres, l’a emporté : celle du profit. Elle était à l’œuvre il y a quarante ans. Elle l’est encore plus aujourd’hui."

Le plan de rigueur à l’Assemblée nationale
Les députés entament aujourd’hui l’examen en séance publique du plan de rigueur gouvernemental, qui inclut notamment l’augmentation de la taxe sur les conventions d’assurance (TCA) pour les contrats responsables et solidaires. Selon les derniers arbitrages rendus hier soir, le gouvernement a accepté que les plus-values immobilières soient exonérées d’impôt lorsque le bien vendu est détenu depuis plus de trente ans, rapportent Les Echos (page 2). La suppression de cet abattement avait créé l’émoi chez les professionnels de l’immobilier et certains députés de la majorité, qui la jugeaient "brutale". Pour compenser l’abandon de la hausse de TVA sur les parcs à thème (90 millions d’euros), le gouvernement pourrait taxer l’hôtellerie de luxe.

"Le plan de rigueur ne pénalise-t-il pas les classes moyennes à travers les mutuelles, l’alcool, le tabac ou les sodas ? », demandent Les Echos (page 3) au président de l’Assemblée nationale, dans un curieux amalgame qui mélange la taxation des mutuelles avec des mesures de prévention sanitaire. "Ce sont des mesures qui ont un objectif de santé publique. Elles n’auront qu’un impact financier limité", estime Bernard Accoyer. Ce n’est pas le cas pour la hausse de la TCA dont le produit représente tout de même près de 10 % du plan d’austérité du gouvernement.

Dans un entretien paru dans La Tribune (page 4), Martine Aubry, candidate à la primaire socialiste, explique que "Nicolas Sarkozy est en train de construire la prochaine récession dans notre pays", avec ses propositions "injustes et inefficaces » pour réduire les déficits. "Taxes sur les mutuelles, sur les tabacs et alcools, sur les sodas, augmentation de la CSG, autant de mesures qui pèseront sur tous les Français, et lourdement sur les plus modestes", dénonce la maire de Lille.

John Sutton