Médecins généralistes : comment stopper l’hémorragie

"Les différentes aides financières à l'installation n'y auront rien changé : la France manque toujours de médecins généralistes", constate Le Monde, suite à la publication de L'Atlas de la démographie médicale par le Conseil national de l'Ordre des médecins (Cnom).

Le nombre de généralistes a diminué de 8,4% entre 2007 et 2016. Cette chute "inexorable" et "préoccupante", selon l'Ordre des médecins, devrait même se poursuivre jusqu'en 2025 et se traduire par "la perte d'un médecin généraliste sur quatre sur la période 2007-2025".

La pénurie affecte aussi bien des territoires ruraux que des zones urbaines. Entre 2007 et 2016, tous les départements – Savoie (+1%) et Loire-Atlantique (0%) exceptées – ont enregistré une baisse de leur densité médicale. "Paris et le département de la Nièvre ont chacun perdu un quart de leurs généralistes au cours de cette période", indique Le Monde.  "Il n'y a pas un département, pas un canton qui ne rencontre pas de problèmes pour trouver un remplacement de médecin de campagne", a souligné François Baroin, maire (Les Républicains) de Troyes, lors de l'ouverture le 31 mai du congrès de l'Association des maires de France (AMF), qu'il préside.

Comment stopper cette hémorragie ? Certainement pas par "des mesures coercitives, qui ne feraient que détourner les jeunes médecins de l'exercice libéral de la médecine générale. Aujourd'hui, la priorité est plutôt de revaloriser l'image de cette médecine qui reste méconnue des étudiants", estime Sébastien Foucher président de l'Association nationale des étudiants en médecine de France (Anemf), interrogé par La Croix.

Pour attirer un praticien dans leur commune, certains maires n'hésitent pas à proposer des locaux neufs et des primes à l’installation de plusieurs milliers d’euros. "Ces aides viennent s’ajouter à celles déjà prévues par l’Etat et par l’assurance maladie, qui a récemment annoncé réfléchir à l’instauration d’une prime de 50.000 euros pour les praticiens qui s’installeraient dans les zones sous-dotées", explique Le Monde. Mais, pour l'heure, ces "coups de pouce" restent insuffisants.

Le manque de candidats est dû en partie aux aspirations des jeunes générations de médecins qui ne veulent pas sacrifier la qualité de vie à l'exercice professionnel. "C'est fini l'époque où il y avait un médecin dans chaque village ! L'avenir est aux maisons de santé pluridisciplinaires couvrant les besoins de santé d'un territoire donné", indique Sébastien Foucher. "Les patients devront faire plusieurs kilomètres pour trouver un médecin. Mais ils bénéficieront d'un service de qualité, avec tous les professionnels de santé réunis au même endroit", ajoute-t-il.

Face à cette situation, Patrick Romestaing, l'un des vice-présidents du Cnom, appelle à une "vaste réforme" du système, notamment à une meilleure découverte du métier de généraliste par les étudiants en médecine. "On demande aujourd’hui aux étudiants de choisir un métier qu'ils ne connaissent pas", explique Emile Frelat, du Syndicat national des jeunes médecins généralistes (SNJMG), qui demande que tous les étudiants de deuxième cycle effectuent un stage de six mois en dehors de l’hôpital.

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John Sutton

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