L’immunothérapie, une option innovante mais coûteuse contre le cancer du poumon

L'immunothérapie figure parmi les progrès thérapeutiques les plus prometteurs contre le cancer, notamment du poumon. Forts de ces perspectives encourageantes, les laboratoires n'hésitent pas à fixer leurs prix, quitte à frôler la démesure.

Avec celui du pancréas, du foie et de l'œsophage, le cancer du poumon est un de ceux dont la survie à cinq ans s'est le moins améliorée ces quinze dernières années. Mais sa prise en charge par l'immunothérapie redonne un peu espoir, notamment dans le cas du cancer métastatique.
"Contrairement aux traitements conventionnels qui essayent de détruire les cellules tumorales, explique Le Figaro, l'immunothérapie permet au système immunitaire du patient de mener lui-même cette lutte".
La qualité de vie du malade s'en ressent, notamment par le fait que les métastases présentes au niveau du foie et du cerveau se réduisent en même temps que la tumeur bronchique, explique le Pr Julien Mazières, pneumologue et oncologue au CHU de Toulouse, qui a pu faire ce constat chez un patient "après deux injections seulement".
Le problème de ces nouveaux traitements, nuance Le Figaro, est qu'ils sont souvent proposés à des prix exorbitants.
Une tendance qui se généralise, y compris en France, "malgré la régulation des autorités, censées avoir le dernier mot lors des négociations entre industriels et le Comité économique des produits de santé (CEPS).
Aux Etats-Unis, une cure annuelle de Keytruda, produit par le laboratoire MSD, utilisé notamment pour le cancer du poumon, coûte par exemple plus de 100.000 euros.
En France, les tarifs du Keytruda ne sont pas encore fixés, mais l'objectif du laboratoire dans les discussions avec les autorités de santé vise à atteindre ceux des traitements innovants actuels.
C'est-à-dire des montants comparables à celui du Sovaldi, un médicament contre l'hépatite C facturé environ 40.000 euros, et qui a récemment été dénoncé par la Ligue contre le cancer et Médecins du monde.
Pour justifier de tels prix, les laboratoires ne mettent pas en avant les coûts de production mais ceux de la recherche et développement (R&D).
En outre, explique Eric Baseilhac, directeur des affaires économiques au Leem (Les entreprises du médicament), ces tarifs "permettent à l'industriel de continuer à investir dans les innovations de demain… Dans les huit premières années de sa mise sur le marché, un produit innovant perd 50% de sa valeur. Il est légitime qu'il soit cher à l'entrée".
Argument vite réfuté par le Pr Dominique Maraninchi, de l'Institut Paoli-Calmettes (IPC de Marseille), qui estime que "ces traitements ne valent pas ce prix-là" et que les industriels cherchent surtout "à obtenir le maximum que les États sont prêts à payer."
Le coût de la R&D a de surcroît diminué ces dernières années, souligne-t-il, notamment parce que "les molécules innovantes proviennent de plus en plus de la recherche publique, payée sur nos deniers."

A lire aussi dans la presse

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)