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Les pauvres plus nombreux à renoncer aux soins

Le plan d’action du gouvernement contre la pauvreté sera présenté à la mi-septembre. Les associations s’interrogent notamment sur la place qu’y prendra la question de l’accès aux soins pour les plus démunis.

Le renoncement aux soins est souvent lié à des raisons financières, mais aussi au manque d'information, constate Le Monde. Chez les personnes disposant de l'aide à la complémentaire santé (ACS), les consultations périodiques de suivi auprès des spécialistes (gynécologue, ophtalmologue…) "sont plus étalées dans le temps qu’évitées", relevait, par exemple, en mai 2017, une étude du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Credoc).

Parmi cette population, "hors maladie ou affection grave, la santé est un poste dont on peut différer les dépenses au profit d'autres postes jugés prioritaires", comme le logement ou l'alimentation, souligne également cette enquête. Alors que la France dispose d'une batterie de dispositifs permettant la prise en charge des dépenses de santé, ceux-ci sont loin d'être utilisés à plein, souligne le quotidien.

En effet, en 2017, un tiers des personnes éligibles à la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C) et deux-tiers des personnes éligibles à l’ACS n'y recouraient pas. Soit, au total, près de 3 millions de personnes qui, pour diverses raisons ne faisaient pas valoir leurs droits.

Pour tenter d'y remédier, la Caisse nationale d’assurance-maladie (Cnam) a annoncé l'an dernier vouloir généraliser un dispositif visant à proposer un accompagnement "personnalisé" aux assurés n'ayant pas engagé des soins nécessaires par "méconnaissance des circuits administratifs et médicaux" ou par crainte d’engager des démarches jugées "complexes", précise Le Monde.

Autre raison susceptible de freiner l'accès aux soins : les refus de prise en charge par des professionnels de santé. Même si l'Ordre des médecins assure n'avoir été saisi que huit fois pour des refus de soins en 2015, un "testing" mené en 2009 par des associations de patients avait montré l'ampleur du phénomène. Sur 496 médecins libéraux spécialistes exerçant en secteur 2, dans 11 villes de France, 22% refusaient de prendre en charge les bénéficiaires de la CMU et 5% acceptaient de les recevoir à certains horaires ou dans des délais plus longs.

Près de dix ans plus tard, aucune nouvelle grande étude n'est venue mesurer plus précisément cette pratique discriminatoire, mais "les refus de CMU restent très fréquents", selon Claire Hédon, présidente d’ATD Quart Monde. C’est pourquoi elle souhaiterait que cette question soit abordée dans la formation de médecins afin qu'ils "comprennent pourquoi ces patients prennent un rendez-vous et pourquoi il leur arrive de ne pas venir…".

"Nous avions obtenu que les associations puissent tester à la place des patients discriminés, or c'est un rôle qu'on ne leur a pas vu jouer », regrette, dans Le Monde, André Deseur, vice-président de l'Ordre des médecins, qui déplore également que le Défenseur des droits "n'alerte que trop rarement l’Ordre des médecins lorsqu'il a connaissance d’un cas suspecté de refus de soins".

Fin septembre, la Commission nationale d'évaluation des pratiques de refus de soins, une instance créée en 2016 et réunissant sous l'égide de l'Ordre des représentants d'associations d'usagers et de syndicats de médecins, devrait rendre à la ministre de la Santé un premier rapport avec des propositions pour mieux lutter contre ces discriminations.

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John Sutton

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