Les médecins baissent la garde

Dans son douzième rapport annuel, l'Ordre des médecins s'inquiète : les généralistes libéraux sont de moins en moins volontaires pour assurer la permanence des soins la nuit et les week-ends.

En 2014, rapporte Le Parisien/Aujour­d'hui (page 8), "63% des départements français enregistrent un taux de volontaires supérieur à 60% des médecins généralistes. En 2012, ce taux était de 73%". Malgré l'élargissement du périmètre des territoires mis en place pour contrarier cette tendance à la baisse, on compte actuellement moins de six généralistes volontaires pour intervenir sur 285 territoires.

Pour Les Echos (page 4), les raisons de cette désaffection sont multiples. Depuis la suppression des tours de garde obligatoires en 2002, la bonne volonté des médecins fait d'abord défaut en raison de leurs horaires déjà élastiques. Il faut dire que ceux-ci vieillissent (ils ont en moyenne 58 ans), qu'ils sont moins nombreux et qu'"eux aussi veulent profiter du week-end et des soirées en famille, d'autant que la profession compte plus de femmes. Enfin, les jeunes préfèrent être salariés et ne participent donc pas à la permanence des soins".

D'après Patrick Bouet, le président de l'Ordre des médecins, cité dans Le Parisien/Aujourd'hui, l'Etat est en partie responsable de cette situation. C'est en effet lui qui "organise le désengagement des professionnels" à travers les agences régionales de santé (ARS), lesquelles ont supprimé la prime de nuit profonde de minuit à 8 heures. Les ARS "envisagent même de supprimer la prime de soirée" perçue de 20 heures à minuit, ajoute-t-il, "toujours par économie et parce que l'hôpital est là au cas où… C'est un mécanisme à contresens qui contribue à saturer les urgences à l'hôpital et à démobiliser les volontaires".

L'Ordre des médecins réfléchit donc à la mise en place de nouvelles dispositions pour garantir et motiver le service de garde. "La professionnalisation des effecteurs, le développement de la télémédecine et des coopérations entre professions" sont quelques-unes des pistes mises en avant, relèvent Les Echos. Il réclame également une campagne d'information pour sensibiliser les usagers à contacter leur centre 15 départemental au lieu de se rendre aux urgences.

A lire aussi – Plan d'action pour l'innovation en santé

Réunies au sein d'une association baptisée Inno-TechMed France, plusieurs entreprises lies à la filière des technologies médicales publient ce matin dans Les Echos (page 9), une tribune encourageant l'innovation "pour garantir la pérennité de notre système de santé". Selon cette association, la France dispose de toutes les cartes technologiques afin de l'améliorer, d'autant que "les médecins français ont toujours eu un rôle pionnier".

"Les pouvoirs publics et la filière française des technologies médicales doivent pouvoir s'accorder sur un plan d'actions partagé, estime InnoTechMed France. Des leviers non budgétaires peuvent être activés, se traduisant par une utilisation plus efficace des dépenses de santé." Par exemple, le "forfait innovation", grâce auquel tout produit ou prestation innovante peut faire l'objet, à titre dérogatoire et pour une durée limitée, d'une prise en charge partielle ou totale, peut être un "puissant vecteur d'appropriation" des récentes découvertes.

"Une gestion plus proactive de la liste des produits remboursables et de la nomenclature des actes médicaux associés est également nécessaire", ajoutent les auteurs de cette tribune. De même, "les données de santé publique offrent un potentiel de développement qu'il faut savoir utiliser", au même titre que le déploiement de la télémédecine "sans que les contraintes administratives liées aux anciens modèles d'organisation prennent le dessus".

Enfin, indique InnoTechMed, "nous sommes prêts à engager la réflexion sur des mécanismes de partage des risques financiers entre les industriels et les pouvoirs publics, pour une rémunération juste des innovations et donc un meilleur emploi des dépenses de santé".

 

Frédéric Lavignette

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)