Le cancer n’a pas sa place au travail

Selon le 3e rapport de l’Observatoire sociétal des cancers, publié hier par la Ligue contre le cancer, cette pathologie est difficilement compatible avec l’activité professionnelle. Et cela que ce soit pendant ou après le traitement. Sur les 360 000 nouveaux cas diagnostiqués chaque année, écrit Le Monde (page 8), 40 % des patients ont moins de 65 ans et sont pour la plupart actifs. Ce qui implique qu’un homme sur trois et une femme sur deux doivent concilier vie professionnelle et soins médicaux.

Or le premier constat du rapport est implacable, rapporte le quotidien : deux ans après le diagnostic, près d’une personne sur trois ne dispose plus de son emploi, et pas forcément du fait de sa volonté. La discrimination liée à la maladie est une réalité incontestable que déplore le coordinateur de l’étude, Emmanuel Jammes : "Les difficultés personnelles n’ont pas de place dans l’entreprise, qui est un lieu de performance et d’exigence. Il faut être à 100% de ses capacités."

Après l’annonce d’une guérison, la reprise de l’activité n’est pas non plus garantie. En tant qu’"anciens patients", certaines personnes se sentent affaiblies : 47% d’entre elles "se plaignent de la fatigue et des effets secondaires du traitement lors du retour au travail". Certes, des dispositifs particuliers leur sont parfois réservés par les entreprises, comme l’aménagement de poste, dont elles sont 6% à bénéficier, ou encore le temps partiel thérapeutique (un malade sur trois).

Toutefois, il est fréquent que les employeurs passent outre de tels aménagements, soit parce qu’ils "ont déjà remplacé le salarié malade, soit parce que les mesures sont trop compliquées à mettre en place ou mal connues", écrit Le Monde. Il n’est pas rare non plus qu’au retour dans son emploi, le salarié soit dégradé dans ses fonctions : une personne sur huit a en effet retrouvé un poste moins important que celui d’origine. Une "mise au placard" qui encourage finalement ces actifs au départ.

Pour les employeurs, la question du cancer n’est pourtant pas un sujet tabou. En revanche, pour plus de six salariés sur dix, la question est difficile à aborder, même si 60 % des malades se confient à leur employeur au moment du diagnostic. En résumé, conclut le rapport, il y a un "déni du sujet" au sein de l’entreprise. A croire que socialement la place de chacun est de fait attribuée : aux salariés en bonne santé revient le travail et aux malades échoit l’arrêt. "Entre les deux, il n’y a rien", écrit Le Monde.

 

Mediator® : premier procès en 2015

Avec la mort de Jacques Servier, mercredi, à l’âge de 92 ans, se pose la question du devenir du numéro deux français de la pharmacie. A priori, indique Le Monde- Eco&Entreprise (page 5), c’est le directeur financier du groupe, Olivier Laureau, qui devrait succéder au fondateur du laboratoire, qui emploie 21 000 personnes. Selon Les Echos (page 17), la transmission ne devrait pas poser de difficultés, car "depuis les années 1980, c’est une fondation qui est l’unique actionnaire".

Il n’empêche, ajoute le quotidien économique, qu’"à moyen terme Servier va se trouver confronté à une série de défis pour lesquels son fondateur n’a pas laissé de réponses toutes faites". La restauration de l’image du laboratoire après le scandale du Mediator® est un de ces principaux défis.

Pour ce qui est du procès, poursuivent Les Echos, le décès de Jacques Servier n’aura aucune conséquence sur les procédures. "Toujours en cours d’instruction, cette affaire est l’objet de deux enquêtes au pôle de santé du tribunal de Paris", rappelle L’Humanité (page 23).

Un premier procès est attendu au pénal début 2015, dans le volet portant sur les faits "de tromperie, d’escroquerie et de trafic d’influence". Le second volet de l’affaire, concernant l’accusation pour "homicides et blessures involontaires", risque "de ne pas se tenir avant plusieurs années", observe le journal.

En tout cas, explique une source proche du dossier dans La Croix, (page 9), "tous les protagonistes de l’affaire pourraient être condamnés à payer des dommages et intérêts aux victimes". Et les descendants de Jacques Servier "pourraient aussi y être condamnés, dès lors qu’ils consentent à hériter de lui".

Frédéric Lavignette

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