Labos pharmaceutiques : opération transparence

Depuis hier, les laboratoires pharmaceutiques doivent publier sur leurs sites Internet le montant des "cadeaux" de plus de 10 euros accordés aux professionnels de santé (médecins, pharmaciens, étudiants, associations de patients ou encore éditeurs de presse) pour promouvoir leurs médicaments, rapporte Le Monde économie & entreprise (page 3). Inspirée du Sunshine Act américain, la loi française a été votée fin 2011 sur la proposition de l'ancien ministre de la Santé, Xavier Bertrand, suite au scandale du Mediator®.

"La première vague de données comporte déjà des centaines de milliers de lignes présentées par ordre chronologique ou organisées dans un vaste répertoire comportant le nom des professionnels de santé concernés", rapporte Le Monde. Elle indique, par exemple, que tel ou tel médecin a bénéficié d'une inscription à un congrès d'une valeur de 752 euros ou d'une invitation à déjeuner d'un montant de 25 euros… "Il nous a fallu collecter les informations issues de nos différents sites et des sociétés avec lesquelles nous travaillons. Au total, cela représente 106.630 lignes à saisir pour la seule année 2012 !", explique la Dre Nathalie Billon, directrice des affaires scientifiques de Sanofi-France, qui relève que "quatre mois seulement se sont écoulés depuis la signature du décret d'application".

Mais la transparence a ses limites. La loi fait l'impasse sur ce qui est au cœur des liens financiers entre médecins et laboratoires, à savoir les rémunérations perçues pour conduire des recherches, mener des essais cliniques ou pour intervenir lors d'un colloque à l'initiative d'une firme pharmaceutique, souligne le quotidien du soir. Motif invoqué : le secret des affaires. "C'est dommage, car cela correspond à la réalité du travail, et c'est bien plus représentatif qu'une note de frais", admet la directrice scientifique de Sanofi.

De son côté, Philippe Lamoureux, directeur général du Leem (industriels du médicament), fait contre mauvaise fortune, bon cœur, en approuvant le Sunshine Act à la française : "La transparence, tout le monde va y gagner, à condition de faire de la pédagogie pour expliquer que lien d'intérêt ne signifie pas forcément conflit d'intérêt." La loi est également bien perçue par les médecins, même si leur Ordre "ne décolère pas après la pagaille occasionnée par son application dans des délais aussi brefs".

Dans leurs cabinets, les médecins ne semblent guère s'affoler. Le Dr Nicolas Durel, cardiologue interventionnel à Clermont-Ferrand (Puy-de-Dôme), a posé sur son bureau les lettres qu'il a reçues des laboratoires et des fabricants de pacemakers. "Je n'ai aucune idée des montants publiés, mais cela représente certainement plusieurs milliers d'euros", estime-t-il, reconnaissant que les sommes peuvent choquer. "Mais il ne s'agit pas de vacances !, se défend le Dr Durel. Cela correspond à des invitations à des congrès médicaux, indispensables à notre formation et que nous ne pourrions pas nous offrir sans le sponsoring des laboratoires." Pour lui, cette réforme n'est guère qu'un peu de "poudre aux yeux". "Je ne vois pas très bien où l'Etat veut en venir, d'autant qu'il n'a pas le premier euro pour prendre en charge la formation continue des médecins."

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La Maison de la Mutualité renoue avec sa vocation originelle : la santé pour tous, salue Le Parisien/Le Journal de Paris (page IV), en annonçant l'ouverture, le 14 octobre, d'un nouveau centre de santé mutualiste rue Saint-Victor, dans le Ve arrondissement de Paris, en lieu et place de l'ancien centre de santé Saint-Victor. "Après plus de deux ans de travaux, c'est au groupe d'assurances mutualiste Matmut que le quartier doit la renaissance d'un centre de santé digne de ce nom", écrit Elodie Soulié dans le supplément du Parisien/Aujourd'hui. "A l'heure où de nombreux centres de santé ferment, faute de modèle économique viable, l'ouverture de ce centre répond à la nécessité de maintenir une offre de premier recours et multidisciplinaire de qualité au cœur de cet arrondissement", expliquent les représentants de la Matmut.

Une douzaine de spécialités médicales y sont représentées, ainsi qu'un cabinet dentaire et un pôle d'imagerie complet. Des consultations en nutrition et addictologie sont aussi prévues. Le centre est accessible à tous. Les rendez-vous peuvent se prendre en ligne grâce à un site Internet bilingue français-anglais. Le centre de santé du square de la Mutualité travaillera en partenariat avec l'Institut mutualiste Montsouris (IMM), dont certains médecins assureront des vacations. Une "hotline" permettra aux praticiens des deux établissements de se concerter sur certains diagnostics. Enfin, les analyses biologiques du centre de santé seront effectuées par les laboratoires de l'Institut Montsouris.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)