L’hôpital menacé de diète

"La purge qui menace l'hôpital", titre la "une" de Libération, qui révèle un plan d'économies de 10 milliards d'euros d'ici à 2017 pour l'assurance maladie, dont 3 milliards d'euros pour les hôpitaux. Celui-ci pourrait entraîner la suppression de 22.000 postes, selon un document soumis à "diffusion restreinte", et baptisé "Kit de déploiement régional du plan Ondam à destination des agences régionales de santé".

La ministre de la Santé, Marisol Touraine, a démenti par avance le "scoop" du quotidien, en déclarant le 4 mars à l'Assemblée nationale que "dans le plan d'économies annoncé, il n'est pas question, (…) de baisser les effectifs hospitaliers". "Est-ce bien sûr ?", persiste Libération, qui souligne que 860 millions d'euros d'économies sont prévus sur la masse salariale pour la période 2015-2017.

"Des économies ? C'est possible", réagit, dans Libé (page 2), Gérard Vincent, délégué général de la Fédération hospitalière de France (FHF). Avant d'ajouter : "On a le sentiment d'un double langage. La ministre nous avait promis que ce serait à chaque région, à chaque établissement de s'adapter. Et là, on voit la technostructure du ministère qui prend le pouvoir."

Un axe central de ces économies passerait par le développement de la chirurgie ambulatoire, domaine dans lequel l'hôpital public est en retard par rapport aux cliniques privées, souligne le quotidien. "La chirurgie ambulatoire n'est pas une mauvaise idée en soi, estime, dans Libération (page 3) Philippe Batifoulier, enseignant à l'université Paris-Ouest-Nanterre. Mais, le document n'évoque jamais le taux de retour, c'est-à-dire le taux de patients qui reviennent après une chirurgie ambulatoire. Si ce taux est élevé, cela montre que ce n'est pas satisfaisant."

"La réduction du nombre d'actes non pertinents est un enjeu fort", indique également le plan Ondam destiné aux ARS. D'autres actions sont prévues en faveur des médicaments génériques, de "la maîtrise médicalisée des médicaments de spécialités" et de la réduction des dépenses de transport sanitaire.

A lire aussi – Tiers payant : ni recul, ni renoncement ?

Marisol Touraine donne ce matin une conférence de presse sur le projet de loi santé, dix jours avant son examen par la commission des Affaires sociales de l'Assemblée nationale. La ministre de la Santé va-t-elle annoncer des concessions sur la généralisation du tiers payant, ou rester sur ses positions, comme le laisse entendre son tweet du 2 mars ? La ministre assurait alors sur ce réseau social qu'il n'y aurait "ni recul ni renoncement" pour cette "avancée importante pour les Français qui doit être simple et garantie pour les médecins".

"Tiers payant : ni recul, ni renoncement ?", interroge ce matin Le Parisien/Aujourd'hui (page 6). "Ce sera une étape importante", s'est contenté d'indiquer l'entourage de Marisol Touraine au sujet de la conférence de presse de ce jour. "L'exercice devrait consister pour l'essentiel à déminer ce projet de loi politiquement explosif, à deux semaines des élections départementales, tant il a suscité la controverse sur la généralisation du tiers payant", estime le quotidien.

Selon Le Parisien, Marisol Touraine s'apprêterait en réalité "à faire un grand pas en arrière", en annonçant une ré­forme du tiers payant "par étapes". Toujours d'après le quotidien, la ministre devrait proposer l'extension de ce dispositif aux seuls patients en affection de longue durée (ALD). La mesure concernerait 9,7 millions de personnes souffrant de pathologies sévères, qui représentent 60% du total des remboursements de l'assurance maladie.

Autre information du Parisien : les cas d'autres bénéficiaires possibles de la généralisation du tiers payant (femmes enceintes, enfants de moins de 6 mois) "étaient encore en suspens ce week-end". "Mais, écrit Daniel Rosenweg, la justification principale du tiers payant généralisé ayant été, depuis le début, de garantir l'accès aux soins à tous, les défenseurs de ce principe ne manqueront certainement pas de dénoncer un inacceptable recul, voire un échec de la loi santé."

John Sutton

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