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Interview de Jean-Pierre Davant : santé, l’heure des choix

A 41 jours du premier tour de l'élection présidentielle, un certain nombre de questions essentielles et préoccupantes pour la santé des Français n'ont pas encore été abordées dans la campagne par les candidats. C'est ce que déplore le président de la Mutualité française dans un long entretien qu'il accorde aujourd'hui dans Les Echos (page 11).

Chacun des postulants à l'Elysée devrait en effet "nous parler des grands choix à faire pour adapter notre système de santé au rythme du progrès médical afin que l'ensemble des Français puisse en bénéficier", estime Jean-Pierre Davant. Or, "il y a d'abord une méconnaissance des problèmes de santé de la part d'une majorité de responsables politiques", regrette-t-il. "Réorganiser le système de soins, c'est ensuite se heurter à une série de lobbies puissants."

Du coup, "les principaux candidats avancent des catalogues de mesures, quelquefois très électoralistes", relève Jean-Pierre Davant.

Interrogé sur le projet de franchise annuelle défendue par le candidat de l'UMP, Nicolas Sarkozy, le président de la FNMF juge qu'il ne s'agit pas "d'une recette très nouvelle". Cette mesure "ressemble beaucoup au ticket modérateur d'ordre public que proposait Raymond Barre en 1979".

Pour infléchir le discours des principaux candidats, la Mutualité Française va les rencontrer et "leur demander de se positionner sur plusieurs axes essentiels : l'accès aux soins, la qualité des soins, la gestion de la solidarité", avance Jean-Pierre Davant. Dans ce sens, il serait logique par exemple de les voir se prononcer sur les efforts à mener en matière de dépendance des personnes âgées, une des questions incontournables des années à venir face au vieillissement de la population. De même, le président de la Mutualité Française reconnaît qu'un des enjeux cruciaux de la prochaine législature est d'"adapter la prise en charge des malades à une meilleure connaissance des risques et au progrès médical". Dans le domaine des cancers, tous les Français doivent pouvoir profiter des avancées thérapeutiques.

Autre enjeu : l'accès aux soins rendu de plus en plus difficile avec la multiplication des dépassements d'honoraires, des forfaits à la charge des assurés, et la sous-représentation de l'offre de soins "dans de nombreuses régions". "Tout cela est très préoccupant et la réforme de l'assurance maladie n'a pas amélioré la situation, au contraire", s'inquiète Jean-Pierre Davant. Selon lui, cette campagne présidentielle doit permettre de soulever la question "de la liberté d'installation des professionnels libéraux" et de la "rémunération à l'acte des médecins". Nous sommes le seul pays développé au monde à nous cantonner à ce mode de paiement, rappelle-t-il. "C'est un frein considérable à la restructuration de l'offre de soins." Le président dénonce également le poids grandissant des dépassements d'honoraires. "Ces tarifs, s'ils sont plus élevés, pourraient au moins faire l'objet de contreparties." Mais ce n'est pas le cas, car "en France, on a toujours du mal à évaluer les pratiques des professionnels de santé".

Les candidats devront en outre "s'engager à faire en sorte que le crédit d'impôt soit amélioré et élargi" car "cinq millions de Français n'ont toujours pas de couverture santé complémentaire". Quel que soit le vainqueur, le prochain gouvernement devra aussi honorer "deux promesses essentielles qui n'ont pas été tenues" : le dossier médical personnel (DMP) et l'Institut des données de santé.

Dans cet interview, le président aborde également la nouvelle stratégie du parcours de santé mutualiste. "Nous allons essayer de changer les choses pour les 38 millions de personnes protégées par les mutuelles, ce qui, je l'espère, fera aussi bouger l'ensemble du système", explique Jean-Pierre Davant. Cette démarche vise "à permettre aux patients, en les informant, de choisir les services, les établissements, les professionnels de santé, qui respectent des critères de qualité, par exemple le nombre et la nature d'actes réalisés par les équipes chirurgicales dans l'année". Pour se faire, le mouvement mutualiste s'appuiera sur les études menées par la Haute Autorité de santé (HAS) et l'Institut national du cancer (Inca).

Enfin, Jean-Pierre Davant annonce l'organisation du colloque du 21 mars sur l'automédication. "Est-ce qu'en donnant l'accès libre à certains produits, cela n'apporterait pas un service supplémentaire au citoyen", interroge-t-il. L'automédication peut être développée "de manière intelligente", ajoute le président de la Mutualité. Pour ce faire, ce débat doit être abordé "avec franchise, en évitant de se focaliser sur les craintes de déremboursement, qui polluent la réflexion"…

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Laurence Tramois, médecin, et Chantal Chanel, infirmière, comparaissent toutes les deux, à partir d'aujourd'hui, devant les assises de la Dordogne pour empoisonnement. Durant l'été 2003, les deux femmes, exerçant à l'hôpital de Saint-Astier, avaient aidé à mourir une patiente de 65 ans atteinte d'un cancer du pancréas en phase terminale. Laurence Tramois, qui avait un lien de parenté avec la victime, avait pris cette décision entièrement seule, sans l'avis de la patiente, ni de son mari, ni de son fils, lesquels ne se sont pas constitués partie civile, indique La Croix (page 5).

L'infirmière qui pratiqué l'injection de chlorure de potassium savait qu'elle serait fatale à la patiente, précise Le Parisien/ Aujourd'hui (page 13). Elle pensait d'ailleurs que la famille, ainsi que la malade, y étaient favorables. Pour certains médecins, ce nouveau cas d'euthanasie explique "le manque de moyens pour les soins palliatifs" dans les hôpitaux, mentionne L'Humanité (pages 10 à 11).