Hôpital : repenser l’accueil des urgences

C'est un réflexe qui a l'inconvénient d'être pénalisant pour les hôpitaux : dès le moindre mal, nombreux sont les Français à avoir pris l'habitude de se rendre aux urgences. En 2014, rapporte Le Figaro, 19,6 millions de passages ont été enregistrés, accusant ainsi une hausse de plus de 30% en dix ans.

Dans le rapport sur le financement des hôpitaux qu'il a remis le mois dernier à la ministre de la Santé, Marisol Touraine, le neurologue Olivier Véran, également conseiller régional socialiste de la région Auvergne-Rhône-Alpes, montre que cette situation nuit doublement au système de soins. D'un côté, en raison de cette "bobologie", les urgences sont engorgées, "ce qui peut contribuer à une dégradation de la qualité des soins tout en décourageant les équipes de professionnels".

D'un autre côté, observe-t-il, "comme les hôpitaux sont payés en partie au nombre de passages aux urgences, ils ne sont pas incités à réorienter les patients légers vers des structures adéquates, comme les maisons médicales". Dans la mesure où ces établissements perçoivent 125 euros (hors examen biologique ou radiologique) par passage, les hôpitaux refoulent par conséquent le moins possible les patients. Et, de fait, ils entretiennent leur propre débordement.

Pour remédier à ce problème, Olivier Véran suggère la mise en place d'un nouveau mode de financement baptisé "forfait de réorientation". Ainsi, pour chaque patient léger redirigé depuis les urgences vers une maison de santé, l'hôpital pourrait recevoir une certaine somme. Et pour les inciter plus encore "à se concentrer sur les patients les plus graves, il faudrait aussi mieux prendre en compte dans les tarifs la sévérité des cas traités aux urgences", note Le Figaro.

Ainsi, grâce à une meilleure orientation des patients, la baisse de fréquentation des urgences permettrait de générer des économies et les nouveaux forfaits viendraient combler le manque à gagner. Une façon, en somme, de repenser "la construction des tarifs hospitaliers" qui, de façon globale, "manque de transparence", considère Olivier Véran. Selon lui, les coûts des soins pratiqués par les hôpitaux ne correspondent pas forcément à leur coût réel, et c'est justement sur ces écarts que les établissements réalisent leurs marges.

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Frédéric Lavignette

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