Franchises médicales : une « fausse bonne » idée

Après la presse écrite, le débat sur les franchises médicales, annoncées par le gouvernement pour 2008, s'est poursuivi hier sur les antennes des radios. Jean-Pierre Davant est intervenu dans le journal de 12h30 de RTL pour appeler à un vrai changement du système et non à un "rapiéçage". La création de franchises constituerait une impasse : "Ce n'est pas la bonne voie, a lancé le président de la Mutualité Française. Le système d'assurance maladie comprend déjà des franchises. […]. Cela ne change rien : la preuve, aujourd'hui, avec la procédure d'alerte sur les dépenses."

Sur l'antenne de Sud Radio, le directeur général de la Mutualité Française est revenu sur la situation des comptes pour démontrer que le déficit est bien chronique. Daniel Lenoir regrette que l'alerte sur les dépenses d'assurance maladie n'ait pas été donnée plus tôt : "On le savait dès le mois de mars. Or, malheureusement, plus on tire tardivement la sonnette d'alarme, plus les mesures de redressement sont douloureuses."

Concernant les franchises, Daniel Lenoir parle d'une "fausse bonne idée" qui n'est pas de nature à responsabiliser les assurés sociaux : "A part les hypocondriaques, personne ne choisit d'être malade !", s'est-il exclamé. Cet argument a été aussi développé à la mi-journée par le Dr Jean-Martin Cohen Solal invité à dialoguer avec les auditeurs d'Europe 1 : "Une franchise de 10 euros est prévue sur les analyses médicales. Pouvez-vous vraiment penser qu'on se fait faire une prise de sang par plaisir ? On y va parce que votre médecin vous l'a prescrit !"

Sur le plateau télé de Public Sénat, à 18 heures, le directeur général adjoint de la Mutualité Française a été confronté au Dr Dinorino Cabrera. Le président du Syndicat des médecins libéraux (SML) a déclaré qu'il n'était pas "hostile" au principe de la franchise. Pour sa part, Jean-Martin Cohen Solal a mis en avant les effets pervers induits par un tel projet : les classes moyennes vont continuer à financer l'assurance maladie mais devront attendre de dépasser les franchises pour bénéficier des remboursements. "C'est une mesure insuffisante et injuste", a-t-il dit. Pour Daniel Lenoir, "on risque de tuer la solidarité".

Sur ce sujet, on lira ce matin avec attention l'interview accordée à Libération (page 13) par le chercheur Bruno Palier. Ce spécialiste résume avec beaucoup de mordant les critiques formulées contre les franchises. Bruno Palier s'en prend avec vigueur au paiement à l'acte des médecins : "Si on ne touche pas au mode de rémunération des professionnels de santé, rien ne bougera", affirme-t-il.

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A l'occasion de la journée mondiale sans tabac sur le thème "Pas de fumée à l'intérieur", l'heure est au bilan d'étape pour la France. Depuis le 1er février, la cigarette est interdite dans les lieux publics. Le 1er janvier 2008, la mesure sera étendue aux cafés, hôtels, restaurants et discothèques.

C'est une "grande avancée", selon l'Alliance contre le tabac, qui fédère les acteurs de la lutte contre le tabagisme. L'interdiction de fumer dans les entreprises et les administrations "n'a pas aggravé les relations sociales", mais les a plutôt "apaisées", estime pour sa part le Pr Bertrand Dautzenberg, président de l'Office français de prévention du tabagisme, cité dans La Tribune (page 29). Le quotidien économique publie les résultats des enquêtes conduites par 144 médecins du travail. Selon leurs résultats, le pourcentage de salariés déclarant travailler dans des lieux totalement non-fumeurs (sans fumoir) est passé de 32% en janvier, à 71% en février, puis à 80% en mars et à un peu plus de 78% en avril.

Le décret a connu également un grand succès dans les universités. "88% des lieux d'enseignement étant devenus totalement non-fumeurs", se félicite le Pr Dautzenberg. Selon l'Union nationale des mutuelles étudiantes régionales (Usem), plus de 75 % des étudiants jugent utile la nouvelle mesure, 42% des étudiants fumeurs estimant qu'elle va les inciter à réduire leur consommation et 8% les encourager à arrêter totalement, note La Tribune. Autre initiative mutualiste, la Mutuelle générale propose aujourd'hui, au centre de santé Jack-Senet (Paris XVe), des tests gratuits pour évaluer la dépendance tabagique, annonce Le Journal de Paris (page III), supplément régional du Parisien.