Economies sur la « Sécu » : on refait les comptes !

Mais comment le gouvernement compte-t-il faire 50 milliards d'économies sur trois ans ? La réponse du nouveau Premier ministre, mardi dernier à l'Assemblée nationale, mérite d'être citée intégralement, tant elle fait couler beaucoup d'encre ce matin : "L'Etat et ses agences en prendront la plus grande part, 19 milliards d'euros ; 10 milliards proviendront de l'assurance maladie et 10 milliards supplémentaires des collectivités locales", énonce d'abord Manuel Valls. C'est la suite de la phrase qui va susciter des interrogations : "Le reste, poursuit-il, viendra d'une plus grande justice, d'une mise en cohérence et d'une meilleure lisibilité de notre système de prestations."

Ce "reste", calcule Le Figaro (page 20), pèse donc 11 milliards d'euros. Mais 11 milliards qui "restent flous", note Le Point (page 46). D'où de nouvelles précisions hier de Manuel Valls, au micro de RMC et BFMTV : les économies seront prises "sur les autres dépenses de la Sécurité sociale", donc hors assurance maladie. Et il ajoute : "On peut trouver des pistes sur la gestion des caisses de Sécurité sociale, sur un certain nombre de mesures."

On résume avec Daniel Rozenweg dans Le Parisien/Aujourd'hui (page 8) : 10 milliards pour la branche maladie, 11 milliards pour les autres branches de la "Sécu". Total : 21 milliards à trouver. "Un rude challenge pour l'assurance maladie qui, depuis 2010, ne cesse de tailler dans les dépenses de santé", commente le journaliste. Certains gisements d'économies sont identifiés : le développement de la chirurgie ambulatoire, les transports sanitaires et l'amélioration des prescriptions. Mais le rendement de ces mesures ne dépassera pas les 3 milliards.

Pour les autres prestations sociales, vos quotidiens refont les additions. Le Figaro concocte un "pot-pourri" mêlant retraites obligatoires et complémentaires, logement et, bien sûr, allocations familiales. Pour le journaliste Guillaume Guichard, le débat sur la mise sous conditions de ressources des prestations familiales pourrait être rouvert.

Dans Les Echos (page 6), son confrère Vincent Collen penche plutôt pour la désindexation des allocations : "Actuellement, les prestations sont revalorisées, tous les ans au 1er avril, au même rythme que la hausse des prix, afin de préserver leur pouvoir d'achat. En les revalorisant d'un point de moins que l'inflation, la Sécurité so­ciale économiserait près de 350 millions d'euros", écrit-il.

Pour que l'équation soit complète, Le Parisien/Aujourd'hui rappelle que la ministre des Affaires sociales, Marisol Touraine, s'est engagée hier devant l'Assemblée nationale à compenser "intégralement" le manque à gagner, pour la "Sécu", des baisses de cotisations sociales prévues dans le pacte de responsabilité. Beau casse-tête pour l'exécutif !

 

Marisol Touraine ministre… de la Santé !

Une semaine après la nomination d'un nouveau Premier ministre et de 16 mi­nistres, 14 secrétaires d'Etat sont venus compléter hier le gouvernement de Manuel Valls (lire aussi page 1). Députée socialiste des Pyrénées-Orientales et infectiologue à l'hôpital de Perpignan, Ségolène Neuville devient secrétaire d'Etat aux Personnes handicapées et à la Lutte contre l'exclusion.

Laurence Rossignol est chargée de la Famille, des Personnes âgées et de l'Autonomie. Elle est présentée comme une membre de "l'aile gauche" du Parti socialiste (Le Parisien/Aujourd'hui, page 4) et une féministe résolue (La Croix, page 6). Enfin, L'Economie sociale et solidaire revient à l'ancienne ministre des Sports Valérie Fourneyron, également en charge du Commerce, de l'Artisanat et de la Consommation.

Les quotidiens commentent abondamment la nomination d'Harlem Désir, premier secrétaire du Parti socialiste, aux Affaires européennes. Mais Libération (page 4) prend le temps de signaler le retour du mot "santé" dans le titre ministériel de Marisol Touraine, qui a donc eu "gain de cause" : "Depuis le remaniement de la semaine dernière, la ministre des Affaires sociales plaidait pour qu'il n'y ait… pas de secrétariat d'Etat à la Santé."

Avant d'engager la "grande bataille des économies", écrit le quotidien, Marisol Touraine "garde donc la haute main – seule – sur les comptes sociaux". Jean-Marie Le Guen, dont le nom a longtemps circulé pour ce secrétariat d'Etat, fait son entrée au gouvernement mais au titre des Relations avec le Parlement.

 

Vaccins : l'ère du soupçon

Ce soir, à Paris, aura lieu le deuxième "Jeudi de la santé" organisé par Libération, la Mutualité Française et l'Inserm. Thème : "Vaccine or not vaccine ? Pourquoi une telle défiance ?" A cette occasion, Eric Favereau consacre une double page aux soupçons qui pèsent aujourd'hui sur la vaccination, avec un entretien avec le pharmacologue Bernard Bégaud. "Jusque dans les années 1980, les Français étaient très attachés aux vaccins", indique-t-il (pages 8-9).

Que s'est-il donc passé ? "L'inversion est liée à la campagne de vaccination contre l'hépatite B lancée en 1994" et la polémique sur des cas de sclérose en plaques éventuellement induits par le vaccin, répond-il dans une interview sans langue de bois. S'en sont suivies les interrogations sur la campagne contre la grippe H1N1 et, encore plus récemment, sur le Gardasil®, indiqué dans la prévention du cancer du col de l'utérus.

Mauvaises cibles de vaccination, défaut d'information voire "mensonges" : des facteurs d'explication peuvent être identifiés. Reste à savoir si le phénomène est réversible avant que les conséquences sanitaires de cette désaffection ne se fassent trop durement sentir. Déjà, les médecins observent une résurgence des cas de rougeole, faute d'une bonne couverture vaccinale. Et "les autorités sanitaires semblent se contenter de compter les points"…

Pascal Lelièvre

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