Distilbène : trois générations touchées

Les 80.000 "filles du Distilbène", dont les mères ont pris ce médicament pendant leur grossesse, présentent un risque de cancer du sein multiplié par deux, note Libération (page 21). C’est ce que révèle la première étude épidémiologique "Distilbène 3 générations", menée en France depuis avril 2013 et dévoilée hier par le réseau de patients D.E.S. France, la Mutualité Française et l’Agence nationale du médicament (ANSM), précise Le Parisien/Aujourd’hui (page 11).

"Ce doublement du risque est semblable à celui d’une femme dont la famille proche (parentes au 1er degré), une mère ou une sœur, a eu un cancer du sein", explique le Pr Michel Tournaire, ancien chef du service de gynécologie obstétrique de l’hôpital Saint-Vincent de Paul, à Paris, et conseiller médical du réseau D.E.S. "Cela reste un risque modéré. D’après la Haute Autorité de santé (HAS), un risque élevé est un risque multiplié par quatre ou cinq", précise-t-il.

« C’est une nouvelle épée de Damoclès sur leur tête", craint pour sa part Anne Levadou, présidente du réseau D.E.S., qui encourage les femmes concernées à consulter au moins une fois par an leur gynécologue. A ce niveau de risque, la HAS recommande une mammographie tous les deux ans, dès l’âge de 50 ans, rapporte le site Internet de La Croix (www.la-croix.com).

« Quatre décennies après son interdiction chez la femme enceinte (en 1971 aux Etats-Unis, en 1977 en France), l’inventaire des dégâts causés par cette hormone censée prévenir les fausses couches est toujours en cours, chez les consommatrices et surtout chez leurs descendants, jusqu’à la troisième génération", écrit Lemonde.fr.

On savait déjà que le Distilbène était responsable de cancers et de malformations graves chez les enfants exposés in utero : cancers du vagin et du col utérin, malformation de l’appareil génital chez les filles (à l’origine de grossesses extra-utérines et de fausses couches à répétition) mais aussi chez les garçons (testicule non descendu, atrophie testiculaire, etc.), rappelle le site Internet de La Croix. Avec cette nouvelle étude, on apprend que leurs enfants ne sont pas épargnés non plus. Le nombre de bébés souffrant d’infirmité motrice cérébrale (IMC) est plus important que la moyenne.

En revanche, l’enquête ne montre pas de sur-risque d’anomalies génitales chez les filles de la 3e génération. « C’est la bonne nouvelle de l’étude ! », se réjouit, dans La Croix (page 7), Anne Levadou, présidente du réseau D.E.S., même si le risque augmenté de cancer du sein chez les femmes de la 2e génération sonne comme une mauvaise nouvelle pour ses auteurs.

« Cette étude ne vise pas seulement à faire le bilan, mais aussi à améliorer la prévention pour celles qui peuvent, demain, tomber malades", précise le Dr Jean-Martin Cohen Solal, délégué général de la Mutualité Française, dans ledauphine.com. « Nous allons essayer de toucher les femmes concernées pour les informer sur les démarches à faire pour être mieux dépistées et suivies", ajoute-t-il dans Lemonde.fr.

A lire aussi – Le PLFSS 2015 adopté par les députés

L’Assemblée nationale a adopté définitivement, hier soir, le projet de loi de financement de la Sécurité sociale (PLFSS) pour 2015 et sa mesure phare, la modulation des allocations familiales, indiquent Les Echos (page 4). Les socialistes et les radicaux de gauche ont voté pour, les écologistes se sont abstenus et l’UMP, l’UDI et le Front de gauche ont voté contre.

Le PLFSS vise un objectif de 3,2 milliards d’euros d’économies sur l’assurance maladie en 2015, principalement sur les médicaments et les actes inutiles, soit une croissance limitée à 2,1 %, précise le quotidien économique.

Les députés ont rejeté la demande du Sénat, qui voulait y ajouter un milliard d’économies supplémentaires et supprimer la modulation des allocations familiales. La loi instaure également « un mécanisme temporaire pour stopper l’emballement des coûts pour l’assurance maladie d’un nouveau traitement très onéreux contre l’hépatite C", le Sovaldi®, notent Les Echos.

C’est la mise sous condition de ressources des allocations familiales « qui aura été le sujet le plus débattu du PLFSS 2015", souligne le quotidien. Le directeur général de la Caisse nationale des allocations familiales (Cnaf), Daniel Lenoir, a annoncé que les caisses seraient prêtes à gérer la modulation pour juillet. Elle devrait concerner 600 000 ménages, soit environ 10 % des familles.

Par ailleurs, l’Institut de la protection sociale (IPS) vient de publier un livre blanc intitulé : « Repenser la protection sociale du XXIe siècle", qui avance « des propositions radicales de réforme", rapportent Les Echos (page 3). Il suggère de revenir à l’un des principes fondateurs de la Sécurité sociale : un système assurantiel au bénéfice des travailleurs et de leurs proches, dont les prestations sont en lien avec des cotisations.

« Dans cette optique, les cotisations sociales des entreprises assises sur les salaires seront limitées à celles qui sont de leur responsabilité : arrêt de travail, invalidité, accident du travail, chômage et retraite", recommande l’IPS. Les autres risques, la maladie et la famille, qui relèvent de la solidarité, devraient être financés par l’impôt. Cette évolution passerait par la réaffectation de la totalité du produit de la CSG, qui serait augmentée, et la mise en place d’une TVA sociale.

John Sutton

© Agence fédérale d’information mutualiste (Afim)