Dialogue social, es-tu là ?

"Sous haute tension" : c'est l'expression qui revient le plus souvent dans vos quotidiens pour décrire le climat de la troisième conférence sociale du quinquennat qui se tient aujourd'hui et demain au Conseil économique, social et environnemental (Cese). Le Figaro (page 22) an­nonce déjà une ambiance "électrique" tandis que Libération décrit des partenaires sociaux "au bord de la crise de nerfs".

Concrètement, quel est l'ordre du jour de ce sommet ? Après la réforme du marché du travail en 2012 puis celle des retraites en 2013, cette conférence sociale est censée s'attaquer au problème de l'emploi, répond Le Parisien/Aujourd'hui (page 2). Mais la "température" est montée la semaine dernière après la décision du Premier ministre de reporter, comme le réclamait le patronat, la généralisation du compte pénibilité, une contrepartie négociée par les syndicats dans le cadre de la réforme des retraites (Libération, page 8).

La menace de boycott a changé de camp : les annonces de Manuel Valls "ont catalysé le conflit latent", analysent Les Echos (page 2). La CGT et Force ouvrière menacent désormais de pratiquer la politique de la chaise vide. "Leurs numéros un assisteront à la réunion à huis clos avec François Hollande, avant l'ouverture par le chef de l'Etat de la conférence, cet après-midi. Mais ils laissent planer le suspense sur la journée de demain", note le quotidien.

Mais c'est surtout la colère de la CFDT qui inquiète l'exécutif. La centrale de Laurent Berger est la seule des trois principales organisations syndicales à soutenir la politique de baisse du coût du travail et le pacte de responsabilité. "Elle est en quelque sorte la caution sociale de la politique actuelle. Mais aussi sa caution social-démocrate, indispensable pour calmer les inquiétudes de la majorité présidentielle et limiter l'impact des “frondeurs” du PS", écrivent Leila de Comarmond et Pierre-Alain Furbury.

Au menu de la conférence sociale, 7 tables rondes, chacune animée par des membres du gouvernement : emploi des jeunes, des seniors et des personnes en difficulté ; insertion professionnelle des jeunes ; croissance et emploi en Europe ; croissance et investissement en Europe ; pouvoir d'achat et rémunération équitable ; santé ; Fonction publique.

C'est dans Les Echos (page 2) que l'on trouvera la présentation la plus synthétique des "dossiers qui fâchent patronat et syndicats". Outre le report partiel du compte pénibilité, l'hypothèse de la suppression des seuils sociaux constitue un sujet "inflammable". Les seuils sociaux obligent, par exemple, les entreprises à organiser l'élection de délégués du personnel à partir de 11 salariés, ou encore la mise en place d'un comité d'entreprise à partir de 50. "C'est considérer que les représentants du personnel, les droits des salariés, le syndicalisme sont un frein au développement de l'entreprise, alors qu'au contraire c'est une chance", proteste la CGT.

Mais pour les employeurs, "les seuils ont (...) un effet dévastateur sur l'emploi car ils représentent une vraie barrière psychologique à embaucher tant ils sont perçus par les patrons comme un facteur de complexité administrative", écrit Marie-Cécile Renault dans Le Figaro (page 24). En 2012, l'Insee et la fondation Ifrap, un think tank marqué à droite, auraient ainsi évalué la perte d'emplois générée par les seuils sociaux entre 70.000 et 140.000 emplois. De son côté, le ministre du Travail, François Rebsamen, se défend de vouloir mettre en péril les acquis sociaux.

On le voit, les pommes de discorde ne manquent pas. Reste à espérer que gouvernement, patronat et syndicats entendront l'appel au "dialogue constructif" lancé en "une" par Le Parisien/Au­jourd'hui : "Pour une fois, entendez-vous !"

 

La LMDE placée sous administration provisoire

"Notre engagement à travailler avec la LMDE pour améliorer sa performance gestionnaire reste intact" : c'est la réaction du président de la Mutuelle générale de l'Education nationale (MGEN), Thierry Beaudet, après la décision de l'Autorité de contrôle prudentiel et de résolution (ACPR) de mettre sous administration provisoire La Mutuelle des étudiants (LMDE).

Comme le rappelle Les Echos (page 27), la MGEN assume déjà les obligations de solvabilité de la mutuelle étudiante, ce qui garantit bien sûr la tenue de ses engagements envers ses adhérents. Un processus d'adossement à la MGEN est en cours depuis début 2013.

Mais ce plan avait été suspendu "en raison de l'incertitude qui a longtemps prévalu sur le montant futur des remises de gestion versées à la LMDE par la Caisse nationale d'assurance maladie pour son activité de gestionnaire de la Sécurité sociale étudiante", écrit Laurent Thévenin. Mais "la décision de l'ACPR intervient alors que les mutuelles viennent enfin d'avoir une visibilité – jusqu'en 2017 – sur les remises de gestion leur permettant d'envisager la poursuite de l'adossement".

Sur www.lemonde.fr, la présidente de la LMDE, Vanessa Favaro, estime que, à la veille des inscriptions des étudiants à l'université, la mise sous administration provisoire, annoncée en fin de semaine dernière, constitue un mauvais coup porté à la LMDE. De source proche du dossier, écrit le quotidien, on indique que le gouvernement souhaite la levée "rapide" de cette mesure conservatoire, de manière à poursuivre l'adossement de la LMDE à la MGEN, qui a fait l'objet d'un arbitrage du Premier ministre. L'ACPR a confié à Anne-Marie Cozien, ancienne directrice générale de la mutuelle Unéo, l'administration provisoire de la LMDE.

Pascal Lelièvre

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