Complémentaire des retraités : toujours la colère

Annoncée en octobre 2012 par François Hollande, la généralisation de la complémentaire santé à tous les Français prend aujourd'hui des allures de "désenchantement", décrit Le Figaro (page 24). La méthode et les moyens choisis par le gouvernement pour permettre l'accès des retraités à une complémentaire santé suscitent notamment de vives critiques, et les mutuelles sont "très remontées contre l'exécutif", titre le quotidien.

L'opposition se cristallise en effet sur "le nouveau contrat labellisé pour les 65 ans et plus, au 1er janvier 2017", écrit Le Figaro. Le ministère de la Santé organisera en 2016 "un appel d'offres pour sélectionner les contrats complémentaires bénéficiant d'une taxation réduite, sur la base de trois critères de sélection, dont la qualité des prestations, mais aussi et surtout le prix du contrat".

Figurant dans le budget 2016 de la Sécu qui sera examiné mercredi en commission des Affaires sociales au Sénat, cette mesure, poursuit la politique de segmentation amorcée depuis l'annonce de la généralisation de la complémentaire.

Il faut dire qu'avec l'arrivée de nouveaux acteurs comme les bancassureurs (Crédit agricole Pacifica ou La Poste) les mutuelles s'inquiètent. "Ces dernières, spécialistes des contrats individuels, sont en effet celles qui ont le plus à y perdre : un tiers de leurs adhérents sont des retraités."

Le système retenu par le gouvernement va conduire à une baisse artificielle des prix, sans se soucier de la qualité des garanties proposées, ni de qui paiera au final l'addition.

Pour le président de la Mutualité Française, Etienne Caniard, le système retenu par le gouvernement "va conduire à une baisse artificielle des prix, sans se soucier de la qualité des garanties proposées, ni de qui paiera au final l'addition". Surtout, fait-il valoir, cette nouvelle segmentation entre les retraités selon leur âge ou leurs revenus ne constitue pas une réponse globale capable d'assurer une vraie mutualisation et une solidarité intergénérationnelle.

Autre disposition du budget de la Sécu : les salariés en CDD de moins de six mois et ceux qui travaillent moins de 24 heures par semaine auront droit à un "chèque santé" de la part de leur employeur pour se payer une mutuelle, rappelle Le Figaro. Cette fois, remarque le quotidien, ce sont les employeurs qui s'irritent du dispositif.

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La retraite à 63 ans dans le privé

Après neuf mois de négociations, l'accord sur la réforme des régimes complémentaires de retraites Agirc et Arrco a été signé vendredi entre le patronat et trois syndicats (CFDT, CFTC et CGC). Il permettra de réaliser 6 milliards d'euros d'économies d'ici 2020, écrivait Le Parisien/Aujourd'hui de samedi 31 octobre (pages 2 et 3), comblant ainsi le déficit de l'Agirc (1,985 milliard d'euros en 2014) et celui de l'Arrco (1,153 milliard).

La perspective de ce redressement se fait au "prix de nouveaux efforts", note cependant le quotidien. En effet, poursuit Le Figaro (page 22) de samedi, "pour la première fois, les partenaires sociaux ont décidé d'inciter les assurés à partir à la retraite plus tard pour rééquilibrer l'équilibre financier des régimes".

"A partir de 2019 et pour la génération 1957, les salariés et cadres seront invités à retarder d'un an leur départ à la re­traite au moyen d'un système de bonus-malus, appelé pompeusement “coefficients de solidarité”." En d'autres termes, pour commencer à toucher une retraite complémentaire à taux plein, la norme n'est plus 62 ans mais 63 ans.

Concrètement, tout salarié qui ne souhaite pas travailler quatre trimestres de plus que la durée fixée pour le régime de base (41,5 ans), verra sa pension complémentaire amputée de 10% pendant trois ans. En revanche, tout salarié qui retardera son départ touchera un bonus de 10%, 20% ou 30% s'il travaille respectivement 2, 3 ou 4 ans de plus que ce qui est nécessaire dans le régime de base.

Alors que la CFDT dit assumer "totalement les efforts demandés", les syndicats non-signataires, notamment FO et la CGT, apparentent le nouveau dispositif à un "accord perdant-perdant". Parmi les "victimes" dénombrées par la CGT, on trouve "les travailleurs en carrières longues ou encore les femmes qui sont déjà obligées de travailler plus longtemps que les hommes en raison de carrières plus heurtées, retraités modestes…", rapportent Les Echos (page 4). Au Medef, en revanche, on estime que 6 milliards de déficit ne pouvaient pas être comblés "avec des mesures indolores".

Frédéric Lavignette

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