Essai clinique mortel : l’enquête accable le laboratoire rennais

Manque de professionnalisme, médicaments périmés : le laboratoire Biotrial, en charge de l'essai clinique qui a fait un mort, à Rennes, en janvier 2016, serait responsable de graves négligences.

Dans son édition du 11 octobre 2016, Le Figaro revient sur l'essai thérapeutique d'une molécule du laboratoire portugais Bial, qui avait entraîné, en janvier 2016, à Rennes, la mort d'un volontaire.

Le quotidien s'interroge sur "l'indulgence" de l'inspection générale des Affaires sociales (Igas) à l'égard du laboratoire rennais Biotrial qui avait conduit l'essai. Ainsi, les autorités sanitaires ont autorisé la poursuite des essais, insistant sur les "conditions de professionnalisme" dans lesquelles ils étaient conduits. En septembre, "Biotrial a même inauguré un nouveau site américain "sous le haut patronage" de Jean-Yves Le Drian, président du conseil régional de Bretagne et ministre de la Défense", indique le quotidien.

Pourtant, le dossier d'instruction, auquel Le Figaro a eu accès, révèle "des dysfonctionnements graves au sein du laboratoire rennais". Les témoignages des volontaires du groupe auquel appartenait Guillaume Molinet, le patient décédé, montrent que "Biotrial aurait minimisé, à de multiples reprises, les dangers de l'essai en cours", négligeant les symptômes alarmants présentés par plusieurs cobayes.

Contrairement aux dires du laboratoire, Guillaume Molinet n'aurait été envoyé aux urgences que tardivement dans la soirée du dimanche, alors qu'il présentait des troubles importants de la vision dès le matin. Et tandis que son état empire, le laboratoire continue l'essai. On apprend que le lendemain, un volontaire manifeste des troubles importants de la mémoire : il ignore où il se trouve et n'a aucun souvenir de la journée. "Pas affolés, les médecins sur place mettent son état sur le compte d'un "choc émotionnel". Un autre cobaye perd connaissance en allant aux toilettes, mais la molécule testée est mise, à tort, hors de cause.

Autre élément à charge : Le Figaro révèle que la perquisition du laboratoire a permis de découvrir que les capsules de médicaments administrées aux volontaires, dont celui qui décédera, étaient périmés depuis trois mois.

Enfin, le quotidien éreinte l'Agence nationale de sécurité du médicament et de produits de santé (ANSM), qui avait autorisé l'essai. Ainsi, les évaluateurs de l'ANSM auraient, au cours de l'enquête, échangé des SMS "édifiants de cynisme" démontrant leur empressement à dédouaner l'Agence.

Dans son édition du 10 octobre, Médiapart va plus loin et accuse l'ANSM de "s'être livrée à une entreprise de désinformation systématique" auprès de la ministre de la Santé, Marisol Touraine, et d'avoir transmis une version censurée du rapport d'enquête à l'Igas, qui a conclu que "l'accident était totalement imprévisible".

Des accusations vivement démenties, lundi 10 octobre, par l'ANSM qui réfute dans un communiqué "avoir caché quelque information, document ou rapport, relatifs à l'instruction du dossier, tant à l'inspection générale des Affaires sociales (Igas) qu'aux autorités judiciaires".

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Sophie Lecerf

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