Chiffres du chômage : divergences de méthode

"Finalement, l'inversion de la courbe du chômage a bel et bien été amorcée fin 2013", admet Le Parisien/Aujourd'hui (page 12) en se référant aux chiffres publiés hier par l'Institut national de la statistique et des études économiques (Insee). En basant ses calculs sur les normes du Bureau international du travail (BIT), l'Insee a en effet estimé que le taux de chômage avait reculé à 9,8% en métropole au quatrième trimestre, soit une baisse de 0,1 point par rapport au trimestre précédent.

Pour expliquer ce résultat, en contradiction avec celui de Pôle emploi, qui mentionnait au contraire une augmentation de 7.500 du nombre de demandeurs d'emploi, Les Echos (pages 4 et 5) évoquent une différence de calculs dans les indicateurs. Différence qui ne manque pas de "susciter le trouble". Déjà, les deux organismes n'ont pas la même définition du terme "chômeur".

Ainsi, écrit le quotidien, pour Pôle emploi, un demandeur d'emploi est "une personne inscrite qui n'a pas travaillé le mois précédent". Définition qui correspond à la catégorie A. Pour calculer le nombre de demandeurs d'emplois du pays, l'Insee se réfère plutôt à une en­quête réalisée par téléphone auprès de 100.000 personnes. L'institut considère comme chômeuses les personnes qui correspondent à trois critères : "Etre sans emploi, être disponible pour prendre un emploi et être en recherche active."

Sur l'année 2013, estime donc Pôle emploi, le nombre de chômeurs a augmenté de 5,7%, pour se fixer à 3,3 millions en décembre. L'Insee, quant à lui, fait état d'une stabilisation de leur nombre, qui atteignait près de 2,8 millions le dernier mois de l'année, poursuit La Croix (page 9).

D'après sa présentation, écrit L'Humanité (page 5), les jeunes auraient particulièrement bénéficié de l'amélioration de l'emploi, puisque les 15-24 ans sont 85.000 de moins au chômage. Pour le quotidien, l'annonce d'une baisse du chômage basée sur la statistique de l'Insee relève de "l'esbroufe", à quelques semaines des élections municipales. Le Figaro (page 19), préfère parler d'une baisse en "trompe l'œil", ou encore d'"arbre qui cache la forêt", alors que Le Monde (page 8) se de­mande si les Français vont comprendre quelque chose à ces chiffres…

 

Division syndicale sur le pacte de responsabilité

Mercredi, un texte fixant les contreparties à apporter aux baisses de charges promises par François Hollande dans le cadre du pacte de responsabilité a été signé entre trois syndicats majoritaires (CFDT, CGC et CFTC) et les représentants du patronat. Dans ce texte, qui est "davantage une feuille de route qu'un véritable accord", explique Le Monde (page 8), les signataires "ont simplement convenu que toutes les branches entament des discussions ou des négociations sur des objectifs quantitatifs et qualificatifs en terme d'emploi". En d'autres termes, le patronat renvoie à des accords de branche les engagements sur les embauches générées par le pacte de responsabilité.

Dans un entretien qu'il accorde aux Echos (page 4), le secrétaire général de la CFDT, Laurent Berger, estime que "les allégements de cotisations comme les mesures fiscales qui seraient programmés en 2015, 2016 et 2017, devront être en miroir des engagements pris mercredi et des résultats en termes d'emploi et d'investissement demain. Il faut que ces allégements soient progressifs et il est hors de question qu'ils servent au versement de dividendes".

De son côté, le secrétaire général de la CGT, Thierry Lepaon, appelle à "un printemps de mobilisation", rapporte Le Figaro (page 19), notamment par des manifestations dans la rue dès le 18 mars. Selon lui en effet, la décision du chef de l'Etat de proposer un pacte de responsabilité aux entreprises est "irresponsable sur la méthode et sur le fond".

Frédéric Lavignette

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