Bayrou : critiques et projets sur la santé

François Bayrou se veut "à l'écoute" de l'ensemble des professionnels de santé. C'est ce qu'il déclare dans l'entretien qu'il accorde au Quotidien du médecin du mardi 27 mars (page 3). Cette attention semble avoir de l'écho puisque selon de récents sondages parus dans la presse professionnelle, le président de l'UDF est "le deuxième candidat préféré des médecins libéraux après Nicolas Sarkozy", rappelle le journaliste Christophe Gattuso.

Il faut dire que le candidat de l'UDF à l'élection présidentielle ne mâche pas ses mots sur les questions de santé. Pour lui, par exemple, les derniers projets de loi de financement de la "Sécu" sont critiquables. François Bayrou affiche aussi son scepticisme sur la réforme de l'assurance maladie dont le "premier défaut majeur" a été "de reporter les déficits considérables sur nos enfants en prolongeant la durée de vie de la Caisse d'amortissement de la dette sociale (Cades)". Son autre tort était de conforter "l'absurde séparation prévention/soins, ville/hôpital, sanitaire/médico-social". Et cela sans parler de la complexité du parcours de soins ou du développement d'une "médecine à deux vitesses" nuisible à la protection sociale.

Sur ce point, les solutions proposées par François Bayrou passent notamment par un accord entre le médecin et son patient sur les bonnes pratiques à adopter. Deuxième élément : "Le remplacement de la CMU (couverture maladie universelle) par une aide personnalisée à la santé inversement proportionnelle au revenu […] pour financer la complémentaire de son choix (ce qui supprime l'effet de seuil)". Enfin, le candidat est favorable au développement de "la caution remboursable pour la complémentaire", autrement dit la possibilité pour l'adhérent de récupérer une partie de sa cotisation selon le niveau de ses dépenses médicales. Pour François Bayrou, ce dispositif "responsabilise l'adhérent et ne comporte pas de malus". Il est hostile, en revanche, à la franchise préconisée par le candidat de l'UMP qui risque "d'aggraver" les inégalités.

Pour ce qui est du financement de l'assurance maladie, François Bayrou considère "les recettes doivent être adaptées". Il préconise un "financement mixte comprenant la CSG, les cotisations (en diminution) et la TVA sociale". Il rejette la solution qui consiste à "reporter la charge sur les complémentaires" ou à "accroître le reste à charge" des assurés.

Le candidat de l'UDF plaide en outre en faveur d'une "régionalisation des politiques de santé" afin de mettre un terme à la centralisation. "Pour moi, dit-il, l'une des difficultés majeures du système provient de la séparation absurde préventions-soins, ville et hôpital. C'est pourquoi, il est nécessaire d'avoir un responsable unique au niveau de la santé régionale, mais il est important que ce ne soit pas un préfet sanitaire et qu'il soit contrôlé par un conseil régional de la santé. "Tous les animateurs de ce conseil, prévient le candidat, "seront associés en amont aux décisions et en aval à la gestion". Cette structure serait notamment en charge de l'objectif national des dépenses d'assurance maladie (Ondam) qui deviendrait "régionalisé".

Le comité d'alerte sur les dépenses de l'assurance maladie va-t-il tirer prochainement le signal d'alarme, se demande Le Parisien/Aujourd'hui (page 8). Cette structure, mise en place par la loi de réforme d'août 2004, a jusqu'au 1er juin pour demander aux pouvoirs publics des mesures de redressement en cas de dérapage des dépenses. Hier, lors d'une réunion à huis clos, révèle Le Parisien/Aujourd'hui, le directeur de l'Union nationale des caisses d'assurance maladie (Uncam), Frédéric van Roekeghem, aurait indiqué que les dépenses de santé ont progressé de 3,1% au cours de l'année 2006.

L'objectif voté par le Parlement avait pourtant été fixé à 2,5%. Le différentiel serait donc pour le moment d'1 milliard d'euros. "Si le dérapage excède 1,1 milliard, le comité d'alerte peut demander à la Sécu de prendre de fortes mesures (déremboursement…) afin de redresser la barre", souligne le quotidien. Reste maintenant à savoir si ce seuil sera atteint. "Verdict dans quelques jour", lorsque les comptes du régime des agriculteurs et des indépendants seront connus…