Tabac : des images chocs sur les paquets de cigarettes

Des dents noires et déchaussées "à vous clouer le bec", l’image d’un bébé sous respirateur à vous "couper le souffle", "une cigarette molle comme un sexe frappé d’impuissance". Des photos extraites d’un film d’épouvante ? Vous n’y êtes pas, ce sont les avertissements visuels qui devraient figurer prochainement sur les paquets de cigarettes, annonce Libération (page 16). "J’espère bien avoir mené les concertations nécessaires pour que fin 2009 nous puissions apposer sur les paquets de cigarettes des images chocs", avait annoncé, début janvier, Roselyne Bachelot. Un décret est en cours de rédaction et une négociation est menée avec les fabricants sur les délais d’application, assure le ministère de la Santé.

La tactique des images repoussantes est déjà utilisée dans 18 pays, dont la Belgique, le Royaume-Uni et le Canada. "Ces avertissements visuels cassent le côté glamour de la cigarette. Mais les images doivent être renouvelées, sinon il y a un effet de lassitude", souligne Karine Gallopel-Morvan, chercheuse en marketing social à l’université de Rennes. Son rapport d’études remis à l’Institut national du cancer (Inca) confirme que les images chocs sont plus efficaces que du texte seul. En France aussi, les femmes et les jeunes y sont particulièrement sensibles. Intéressant quand on sait que plus d’un tiers des adolescents de 11 à 15 ans et 9% des enfants de 9 à 10 ans ont déjà fumé au moins une fois, et que 1 adolescent sur 2 continue après avoir essayé, selon le baromètre 2009 de la Fédération française de cardiologie, cité dans Le Figaro (page 9).

Les images chocs et l’augmentation du prix des cigarettes sont réclamées de longue date par les associations antitabac, bien décidées à se faire entendre dimanche prochain, à l’occasion de la Journée mondiale sans tabac. L’augmentation du prix des cigarettes s’accompagne d’une diminution quasi-mécanique des ventes, rappelle l’Alliance contre le tabac. Son président, Yves Martinet, réclame une hausse, harmonisée au niveau européen, de la fiscalité touchant l’ensemble des produits, y compris du tabac à rouler, moitié moins cher que celui de la cigarette, note L’Humanité (page 14).

"Si on utilise la peur, il faut vraiment aider à soutenir les fumeurs", précise toutefois Karine Gallopel-Morvan, qui insiste sur la nécessité d’associer les images chocs avec des informations positives sur l’aide au sevrage tabagique.

Travailler plus quand on est malade ?
Le gouvernement a tenté hier de calmer la colère de l’opposition, des syndicats et d’une partie de la majorité, provoquée par la proposition du porte-parole de l’UMP, Frédéric Lefebvre, constate Le Parisien/Aujourd’hui (page 11). Ce dernier envisageait de permettre aux salariés en arrêt maladie ou en congé maternité de travailler chez eux. La mesure a été présentée sous la forme d’un amendement au texte sur le prêt de main-d’oeuvre entre entreprises. Elle a suscité un tollé dès son annonce lundi soir, bien qu’elle ait été rejetée à l’unanimité en commission à l’Assemblée, souligne Le Monde (page 12). "Un arrêt de travail a une fonction médicale et thérapeutique", rappelle dans L’Humanité (page 5), la Dre Nicole Bez, médecin généraliste à Lyon et membre du syndicat MG-France. "Il sert à couper un salarié de ses conditions de travail habituelles, ou de ses trajets, en fonction d’une pathologie, afin qu’il puisse de reposer, récupérer hors stress", explique-t-elle. Dans Libération (page 15), Pascale Coton, secrétaire générale de la CFTC, suggère ironiquement aux femmes "de mettre au monde leurs enfants sur leur lieu de travail. (...) La Caisse d’assurance maladie ferait des économies et l’employeur n’aurait plus besoin de faire un recrutement de CDD !"

John Sutton