TVA sociale : encore trop d’inconnues

Après avoir tenté de convaincre dimanche les Français de la nécessité de la TVA sociale, Nicolas Sarkozy reçoit aujourd'hui les parlementaires pour "leur expliquer le bien-fondé des réformes qu'ils devront voter avant la présidentielle", indique Le Parisien/Au­jourd'hui (page 4).

Pour Les Echos (page 2), cette mobilisation semble des plus nécessaires, ce qui explique que le chef de l'Etat "a dé­placé de quelques heures ses vœux à la presse". Il faut dire que la majorité est "passablement découragée par les sondages et modérément convaincue de la perti­nence de la TVA sociale", note Guillaume Tabard dans son éditorial.

Hier matin, le "service après-vente" de toutes les réformes annoncées par le président de la République a été assuré par l'UMP. Dans le cadre d'une réunion organisée par la direction, une stratégie a été définie : "Un tract va être édité, des argumentaires seront envoyés aux parlementaires et une réunion pédagogique sur la compétitivité sera organisée le 8 février, jour où les mesures fiscales passeront en conseil des ministres."

L'objectif de ces manœuvres vise évidemment à resserrer les rangs dans la majorité afin de supporter un candidat pas encore déclaré. Par conséquent, observe un dirigeant de l'UMP, "la TVA sociale, pour la vendre, on a intérêt à l'expliquer". Tout comme le reste, ajoute-t-il, car "ce n'est pas évident d'aller aux élections avec un programme comme cela".

Du côté du patronat, cette TVA so­ciale séduit en demi-teinte, indique La Croix (pages 2 et 3). Pour leur part, les représentants des organisations patronales ont accueilli "avec enthousiasme" les mesures de Nicolas Sarkozy, tandis que la plupart des dirigeants estiment "que les retombées concrètes sont difficiles à prévoir".

Selon ce journal, les chefs d'entreprise sont, en effet, peu nombreux "à connaître les sommes qu'ils économiseront grâce à la baisse des charges patronales et à savoir comment ils utiliseront cette nouvelle marge de manœuvre". Pour La Croix, plusieurs scénarios sont possibles : soit la baisse des charges sera répercutée sur les prix afin d'amortir la hausse de la TVA, soit les marges bénéficiaires seront augmentées afin d'investir ou d'embaucher, voire pour distribuer plus de dividendes aux actionnaires. "Tout est possible et personne n'est en mesure de dire ce qui va réellement se passer", observe un représentant d'association d'entrepreneurs en guise de conclusion…

Pour ce qui est de la crainte d'une hausse des prix consécutive à l'instauration de la TVA sociale, écrit par ailleurs Le Figaro (page 19), le gouvernement "fait le pari" d'un effet "relativement indolore pour le porte-monnaie des Français en raison du caractère extrêmement concurrentiel des produits qu'elle concernera".

Toutefois, Libération (page 5) s'interroge sur les raisons pour lesquelles le président souhaite que cette mesure entre en vigueur au 1er octobre. Nicolas Sarkozy a expliqué dimanche vouloir "déclencher des achats par anticipation", achats qui vont permettre de doper la croissance. Or, écrit le quotidien : "Pourquoi les ménages se précipiteraient-ils pour consommer avant le 1er octobre alors qu'on vient de leur jurer qu'il n'y aura pas de hausse des prix ?"

La croissance révisée à la baisse
Finalement, la croissance ne sera pas de + 1% mais de + 0,5%… C'est en tout cas ce qu'a estimé, hier, le Premier ministre, notent Les Echos (page 4). Selon Matignon, la baisse des rentrées d'impôt sur les sociétés, de la TVA et des cotisations sociales sont à l'origine du ralentissement économique.

Cette moindre croissance devrait avoir un impact de 5 milliards d'euros sur les comptes. "Mais nous pouvons l'absorber sans demander d'efforts supplémentaires aux Français", a tenu à rassurer François Fillon, rapporte Le Figaro (page 18).

Dans l'autre sens, poursuivent Les Echos, "le déficit public 2011 est plus faible qu'attendu (inférieur à 5,4% du PIB) et le gouvernement estime que cela à un impact favorable sur le déficit de 2012 de 3,6 milliards, principalement pour l'Etat et les collectivités locales".
Frédéric Lavignette