« Sécu » : cautère sur une jambe de bois

"Sécurité sociale : le déficit 2011 à peine réduit, malgré un effort de redressement de 7 milliards." Avec ce titre à rallonge, Les Echos (page 5) résument les limites du plan d’économies de l’assurance maladie. Le déficit va rester l’an prochain à un niveau très proche de son record de 2010. A 21,4 milliards d’euros, le besoin de financement du régime général sera réduit de moins de 2 milliards, relativise le quotidien économique, qui estime qu’"il faudra des années à la Sécurité sociale pour récupérer le terrain perdu en 2009 et 2010".

Le constat du Monde est encore plus sé­vère. "Le gouvernement reporte la réforme de l’assurance maladie", titre la "une" du quotidien du soir, qui en veut pour preuve le renoncement des pouvoirs publics, "au dernier moment", à augmenter le ticket modérateur pour les consultations. "Le gouvernement a beau proclamer sa volonté de réduire les déficits publics, il procède à doses homéopathiques en matière de santé." Comme le reconnaît lui-même François Baroin, ministre du Budget, il s’agit aujourd’hui uniquement de "garrotter l’hémorragie", pas encore de soigner le malade, se plaît à souligner Le Monde.

Claude Le Pen, économiste de la santé, observe que "le système passe peu à peu de l’assurance à l’assistance, en se spécialisant de plus en plus dans les gros risques, comme le cancer". "Au fil des années, constate Le Monde, émerge […] un nouveau système laissant une place grandissante aux complémentaires santé."

Les prévisions d’économies sur les dépenses de santé, annoncées hier par le gouvernement, ont provoqué de nombreuses réactions de la part de la Mutualité Française, des associations et de l’opposition. "Les mesures qu’on nous propose sont uniquement financières, ce ne sont pas des mesures permettant d’organiser le système de santé et nous le regrettons. On ne fait que boucher des trous", a déploré hier soir, au journal de 20 heures sur France 2, le Dr Jean-Martin Cohen Solal, directeur général de la Mutualité Française. "On ne fait que maintenir le déficit et non le réduire. Il ne s’agit que de rustines", a-t-il fait valoir sur France Info.

En outre, "nous transmettons ce déficit à nos enfants", a-t-il regretté, une déception reprise par de nombreux quotidiens régionaux tels que Le Progrès, L’Est républicain, Le Bien public et La Charente libre. Le DG de la Mutualité s’est également exprimé sur les antennes de LCI, BFM TV et Public Sénat.

De son côté, Christian Saout, président du Ciss, estime que "l’assurance maladie ne sera plus crédible si trop de gens sont mal remboursés". "On a le sentiment d’une politique qui consiste à mettre […] la poussière sous le tapis, tout en continuant à demander aux assurés de contribuer", juge dans Le Monde, la députée Marisol Touraine, chargée de la solidarité et de la protection sociale au PS.

L’annonce de diverses baisses de remboursement est l’occasion saisie par l’UFC-Que choisir pour publier une étude sur le coût des complémentaires santé. Selon l’association de consommateurs, les primes et cotisations auraient augmenté de 44 % entre 2001 et 2008, alors que les prestations progressaient de 27 % (Le Monde, page 10). Mais comme Le Parisien/Au­jourd’hui le souligne, toutes les complémentaires ne sont pas à mettre à la même enseigne. "Les assureurs font figure de mauvais élèves : 71 % de taux de retour à l’assuré contre 80 % en moyenne pour les mutuelles." "L’UFC-Que choisir se trompe de cible, a estimé ce matin Jean-Martin Cohen Solal sur France Culture. Nous devrions au contraire travailler ensemble pour mieux organiser le système de santé et éviter que l’effort demandé aujourd’hui aux Français soit insoutenable pour les catégories les plus modestes."

L’UFC propose l’instauration d’"indices de redistribution plus parlants", alors que de nombreux organismes mutualistes communiquent déjà auprès de leurs adhérents sur ce ratio. Dans La Tribune (page 34), le président de l’Union nationale des organismes d’assurance maladie complémentaire (Unocam), Fabrice Henry, rappelle également la multiplication par cinq des taxes sur les complémentaires santé, lesquelles s’ajoutent aux nouvelles exigences prudentielles de Bruxelles. "Professionnels et représentants des consommateurs sont au moins d’accord sur un point", observe La Tribune : le PLFSS devrait renchérir de 8 % environ les prestations des complémentaires. "Une hausse qui serait tôt ou tard répercutée sur les assurés."

John Sutton