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Se soigner est-il un luxe ?

"Se soigner pourrait bien devenir un luxe inaccessible pour un nombre toujours plus important de Français", estime Que choisir argent du mois d'avril (pages 50 à 56) dans un dossier intitulé : "Aux dépens d'une santé qui nous est si chère." Dépassements d'honoraires, déremboursements de médicaments, augmentation du reste à charge, déserts médicaux… la liste est longue des maux dont souffrent notre système de santé.

A long terme, certaines de ces mesures portent leurs fruits sur le plan strictement économique, constate le mensuel, qui cite le cas du déremboursement croissant des médicaments. En 2010, ce poste de dépenses pour la Sécurité sociale a augmenté de moins de 2%, alors qu'il a progressé de 7% entre 2000 et 2004. Les mesures de ces dernières années laissent entrevoir une "très légère amélioration" des comptes globaux.

Mais la hausse de la taxe sur les conventions d'assurances (TSCA) appliquée aux contrats de complémentaire santé responsables et solidaires, qui est passée de 3,5 à 7%, "va évidemment se répercuter sur le montant des cotisations à payer, au moment même où l'adhésion à une mutuelle devient indispensable pour faire face aux baisses des prises en charge du régime général de l'assurance maladie", souligne Que choisir argent.

La baisse récurrente de la prise en charge des soins courants par la Sécu et l'augmentation des dépassements d'honoraires finissent également par peser très lourd sur le budget des ménages. "Dans Paris, en Alsace ou en région Paca, il est très difficile d'accéder à un médecin qui ne pratique pas les dépassements, observe Etienne Caniard. Dans certains départements comme les Pyrénées- Orientales, 90% des chirurgiens sont en honoraires libres. »

"Face à l'ampleur du phénomène, l'assurance maladie, et les associations de consommateurs et de patients", auxquelles Que choisir argent aurait pu ajouter les mutuelles, "sollicitent régulièrement une réforme structurelle". "Reste que, face aux puissants lobbies médicaux, toutes les tentatives de réformes ont été abandonnées."

Si l'argent est l'un des facteurs principaux de discrimination dans l'accès aux soins, il ne faut pas minimiser l'incidence des disparités géographiques. Ainsi, avec 374 médecins pour 100.000 habitants, la Côte d'Azur attire beaucoup plus que la Picardie ou les territoires ruraux du centre de la France (respectivement 239 et 244 praticiens pour 100.000 habitants). Les inégalités peuvent également se retrouver au sein d'une même région.

C'est le cas notamment en Ile-de-France, où les conditions d'accès aux soins sont extrêmement différentes selon qu'on habite Paris ou la Seine-Saint-Denis.

Très longtemps, la désertification médicale concernait surtout les spécialistes, aujourd'hui elle touche également les généralistes et les soins de premier recours. En 2011, pour assurer l'accès aux soins de ses administrés, la municipalité de La Ferté-Bernard, pe­tite ville de la Sarthe, a embauché directement trois médecins salariés et une secrétaire médicale. "Le salariat répond à une aspiration grandissante chez les généralistes", constate le mensuel.

"Le médecin généraliste jouera de plus en plus un rôle de pivot dans l'organisation de la filière de soins, prévoit Véronique Lucas, chercheure à l'Irdes. Des projets de télémédecine sont également développés par les agences régionales de santé (ARS) du Limousin ou de l'Auvergne, dans lesquels un généraliste est en lien avec les spécialistes du monde hospitalier pour éviter au patient d'aller aux urgences." Mais les moyens financiers manquent aux ARS pour organiser les filières de soins. "Sans moyens financiers et le courage politique qui va avec, il y a peu de chance que les réformes récentes améliorent l'accès aux soins des Français", conclut le magazine de défense des consommateurs.

Amiante : la justice interpellée
L'Association nationale des victimes de l'amiante (Andeva) a remis 705 nouveaux dossiers de victimes à la juge d'instruction du Pôle de santé publique de Paris, pour qu'ils soient intégrés à une procédure judiciaire en cours, rapporte Libération (page 19). Parmi les 705 dossiers, 115 concernent des personnes décédées et 590 malades, toutes contaminées dans les usines Valeo-Ferrodo de Condé-sur-Noireau (Calvados).

"Notre objectif est d'obtenir une saisine globale afin que ces dossiers soient intégrés à la procédure judiciaire en cours et que toutes les victimes soient prises en compte, au-delà de la poignée qui a porté plainte », explique, dans Libération, François Desriaux, vice-président de l'Andeva. L'association demandait depuis de nombreuses années que l'instruction englobe l'ensemble des victimes, au-delà des plaintes initiales. "Nous avons convaincu la juge Bertella-Geffroy. Elle a donc demandé au parquet une saisine globale ainsi qu'un réquisitoire supplétif pour pouvoir mener des investigations complémentaires. »

L'Humanité (page 11) souligne que le contexte est favorable, car la récente condamnation par la justice italienne de deux dirigeants d'Eternit "a mis en lumière l'impéritie du système judiciaire français ». Le quotidien se fait un malin plaisir de rappeler que la semaine dernière, Nicolas Sarkozy s'est déclaré "très attentif aux préoccupations concernant la question de l'instruction d'un procès de l'amiante en France ».
John Sutton