Rapport du Fonds de financement de la CMU-C : les assureurs gagnent du terrain

"Les assureurs croquent le marché des mutuelles", constate L’Humanité (page 9), qui appuie cette affirmation sur le rapport 2010 du Fonds de financement de la CMU-C. Toutefois, les mutuelles sont toujours leaders avec 57% de part de marché, contre 26% pour les sociétés d’assurances et 17,6% pour les institutions de prévoyance. Mais, souligne le quotidien, "dans un marché en pleine croissance (+65% entre 2001 et 2009), ce sont les assureurs qui progressent le plus". "Au détriment des mutuelles et, dans une moindre mesure, des institutions de prévoyance", précise le Fonds de financement de la CMU-C.

"L’harmonisation fiscale des contrats entre mutuelles et sociétés d’assurance en 2003 nous a permis de gagner des parts de marché", explique Alain Rouché, directeur santé à la Fédération française des sociétés d’assurances (FFSA). Mais, selon L’Humanité, l’essor des bancassureurs y est aussi pour beaucoup.

Autre explication : les assurances, comme les institutions de prévoyance, proposent plus souvent des contrats collectifs que les mutuelles. "A niveau de garantie équivalent, la cotisation moyenne d’un contrat collectif est inférieure de 10 euros à celle d’un contrat individuel", indique le rapport 2010 du ministère de la Santé sur la situation financière des organismes complémentaires.

Comme l’explique Christine Meyer-Meuret, conseillère à la direction géné­rale de la Mutualité Française, "les assureurs couvrent une population moins risquée, plus jeune, alors que les mutuelles ont des adhérents plus âgés, mais aussi plus nombreux, et ça se reflète dans les cotisations". "Pour les mutuelles, il s’agit de couvrir le risque santé ; pour les assureurs, de rentabiliser cette activité, ajoute-t-elle. Ces derniers s’orientent vers la segmentation des risques. ”Dis-moi quel est ton risque, je te dirai comment t’assurer et, in fine, combien tu vas payer”. On sort complètement de la solidarité et de la mutualisation entre adhérents. On n’est plus dans la protection sociale, mais dans le business", conclut-elle.

Mieux encadrer les visiteurs médicaux
"La visite médicale dans sa forme actuelle doit évoluer", a estimé la se­maine dernière le ministre de la Santé, qui a présenté en juin son projet de loi sur les médicaments suite à l’affaire du Mediator®, rappellent Les Echos (page 4). Ce texte sera examiné aujourd’hui par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée. Il comporte un volet important sur la promotion des médicaments auprès des médecins hospitaliers par les visiteurs médicaux. Ces derniers ne pourront promouvoir leurs produits que "devant plusieurs professionnels de santé" pour que "les risques d’influence entre la personne chargée de la présentation du médicament et le prescripteur se trouvent limités".

Concernant les médecins de ville, l’Etat pourrait fixer un nombre de visites pour chaque "classe pharmaceutique". Dans la majorité, des voix s’élèvent pour freiner l’ardeur du gouvernement. "Ne faisons pas des visiteurs médicaux des boucs émissaires", plaide le député UMP Arnaud Robinet, rapporteur du projet de loi, qui signe par ailleurs une contribution sur les médicaments dans La Tribune (page 23).

De son côté, l’opposition estime que le texte ne va pas assez loin. Les députés socialistes veulent totalement interdire la promotion auprès des médecins de ville de cinq catégories de médicaments, parmi les plus prescrits : antiulcéreux, statines (cholestérol), antibiotiques, antihypertenseurs et antidépresseurs. Ils déposeront un amendement dans ce sens lors de l’examen du texte en séance, la semaine prochaine.

Taxe Fillon : une atteinte pour les plus fragiles
Dans une tribune publiée dans Le Monde-économie (page 3), Thibault Gajdos, chercheur au CNRS au sein du Groupement de recherche en économie quantitative d’Aix-Marseille, revient sur le doublement de la taxe sur les conventions d’assurance. Pour cet expert, "un renchérissement des primes d’assurances (qui paraît inévitable) conduira une partie des moins fortunés à renoncer à une assurance-maladie complémentaire. Et cet effet sera d’autant plus important que leurs revenus auront été affectés par la crise". Avant d’ajouter : "Le gouvernement se propose en somme de priver de protection certains des plus fragiles, au moment où ils sont davantage exposés."
John Sutton