Psychiatrie : réforme de l’hospitalisation

La ministre de la Santé a présenté hier en Conseil des ministres son projet de loi sur la psychiatrie, qui réforme les conditions d'hospitalisation d'office. Il sera débattu au Parlement à l'automne. Une loi réclamée par le président de la Ré­publique en novembre 2008, après la mort, à Grenoble, d'un étudiant poignardé par un patient échappé d'un hôpital psychiatrique, rappelle L'Humanité (page 8).

"C'est une loi importante car elle remplace la notion d'hospitalisation par celle de soins, ouvrant la possibilité d'une prise en charge, soit en hospitalisation, soit en soins ambulatoires, selon l'avis médical", expliquait hier Roselyne Bachelot dans un long entretien à Libération (page 9). Actuellement, l'hospitalisation "sous contrainte" peut être demandée par un tiers, notamment la famille, sans l'accord du patient, ou prononcée d'office sur de­mande de l'autorité publique en cas de menace à "l'ordre public ou à la sûreté des personnes". Avec le nouveau texte, ce mode d'hospitalisation cède la place à la notion de "soins sans consentement", délivrés par des psychiatres de ville, "sur décision de l'autorité publique, après avis médical", a bien précisé la ministre de la Santé.

Dans la grande majorité des cas, "l'entrée dans les soins se fera d'abord en hospitalisation complète", avec "un premier temps d'observation et de soins, d'une durée maximale de 72 heures, comportant trois certificats médicaux" (Libération de mercredi). Passé ce temps, il sera possible de prendre en charge le patient en hospitalisation partielle ou en soins ambulatoires.

Les psychiatres et leurs syndicats sont partagés sur cette réforme. "Il y a des avancées", juge le Dr Norbert Skurnik de l'Intersyndicale de défense de la psychiatrie publique. "Le curseur se dé­place d'une optique sanitaire vers une optique sécuritaire", regrette pour sa part Jean-Claude Pénochet, président du Syndicat des psychiatres des hôpitaux. "Les soins sans consentement contribuent à aliéner davantage le patient, à le destituer de sa citoyenneté", estime dans L'Humanité, Roland Gori, professeur de psychologie à l'université d'Aix-Marseille. "Ce n'est que pure folie de vouloir tout légiférer. Les décisions doivent se prendre au cas par cas par les équipes soignantes, en lien avec le patient et la famille", ajoute-t-il.

Retraites : mobilisation fin mai
La CGT, la CFDT, la FSU, l'Unsa et Solidaires se réunissent aujourd'hui pour décider d'une date de manifestation commune contre la réforme des retraites. Celle du 27 mai était évoquée hier avec insistance, selon Les Echos (page 4). Avec ce calendrier serré, ces syndicats veulent prendre de vitesse Force ouvrière qui a annoncé sans concertation avec ses homologues organiser sa propre initiative le 15 juin, estime La Tribune (page 8). Les cinq organisations syndicales ne désespèrent pas d'associer la CGC et la CFTC à leur manifestation unitaire. Elles souhaitent "reprendre l'avantage face gouvernement, faire oublier la mobilisation en demi-teinte du 1er mai" et surtout égaler celle de la journée d'action du 23 mars. Reste à savoir si les syndicats seront capables d'ici là de définir une plate-forme commune sur les retraites, interroge La Tribune. "Le groupe de travail spécifique qu'ils ont créé se réunira à nouveau le 25 mai, mais la tâche s'annonce plutôt délicate", selon le quotidien économique.
John Sutton