Prothèses PIP : chronique d’une affaire frauduleuse

L’affaire des prothèses mammaires défectueuses PIP n’est pas à mettre au même rang que l’affaire du Mediator®. C’est en tout cas ce qui ressort du rapport d’enquête administrative que viennent de rédiger l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) et la direction générale de la Santé (DGS).

Remis hier au ministre de la Santé, ce document n’a en effet décelé aucune « défaillance généralisée du processus d’autorisation et de surveillance des dispositifs médicaux implantables, ni de conflits d’intérêt au sein des organismes de certification », expliquent Les Echos (page 4). Cependant quelques bémols sont à apporter à ce constat.

Comme le rapporte Le Figaro (page 13), « la fraude organisée par PIP n’exonère en aucun cas les autorités françaises de la prise en compte des alertes sérieuses sur la société et ses produits ». En d’autres termes, « le drame aurait pu être évité » si les autorités sanitaires avaient été plus vigilantes et attentives aux multiples signaux lancés au sujet de ces implants frauduleux.

Selon la chronologie des faits indiquée dans le rapport du directeur général de la Santé, Jean-Yves Grall, et du directeur de l’Afssaps, Dominique Maraninchi, il apparaît que « dès 1996, une inspection régionale de la direction générale des hôpitaux avait mis en évidence des anomalies sur les prothèses ». Cette alerte fut sans conséquence, indique Le Parisien/Au­jourd’hui (page 12).

Quatre ans plus tard, ce sont les autorités sanitaires américaines qui, via la Food and Drug Administration (FDA), relèvent cette fois « des manquements à la réglementation ». En 2006, poursuit Le Monde (page 14), la société PIP est condamnée en Angleterre à indemniser des femmes suite à plusieurs inflammations. D’où la question posée par le quotidien : « L’Afssaps n’aurait-elle pas pu, de son côté, exercer une veille sanitaire plus poussée ? »

L’escroquerie de la société PIP aurait pu encore durer « s’il n’y avait eu deux éléments pour tout faire basculer », écrit Libération (pages 12 et 13). Un courrier anonyme accompagné de photos est tout d’abord expédié. Les images montrent des « containers bizarres ». Puis un chirurgien marseillais, qui s’était déjà manifesté à plusieurs reprises auprès de l’Afssaps, renouvelle ses plaintes contre les prothèses. Dès lors, « la machine est lancée », note le quotidien. En mars 2010, une inspection est réalisée et aboutit à la fermeture de l’entreprise.

« Quand on regarde toute la chronologie, admet Jean-Yves Grall, il y a bien eu toute une série de petits cailloux qui aurait pu nous faire réagir, mais c’étaient des petits signalements, jamais cela ne fut significatif. » De surcroît, on s’accorde pour reconnaître que le directeur de la société PIP, Jean-Claude Mas, a opéré une habile et discrète escroquerie.

Pour la secrétaire d’Etat à la Santé, Nora Berra, « il n’y a pas eu de défail­lances majeures des autorités, mais un problème d’encadrement global des dispositifs médicaux ». En conséquence, a indiqué le ministre de la Santé, « les dispositifs médicaux vont être soumis à une surveillance renforcée en France, avec des contrôles plus nombreux et inopinés ». Le nombre des inspecteurs sera augmenté et leurs visites sur les lieux de production et les établissements de santé se verront également multipliées.

Environnement et cancer : le lien étroit
La Journée mondiale contre le cancer qui doit se tenir dans deux jours devrait mettre l’accent cette année sur la prévention. Et, dans ce cadre, notent Les Echos (page 11), une meilleure compréhension du rôle de l’environnement devrait être engagée.

Selon une étude de l’Inserm, rapporte le quotidien économique, « les liens de causalité sont souvent difficiles à établir ». Par exemple, si on constate un doublement des cas de leucémie chez des enfants habitants à proximité de plusieurs centrales nucléaires françaises », on ne s’en explique pas clairement les raisons.

Outre les comportements à risque (tabac, alcool, mauvaise alimentation…) la part de la génétique ou le vieillissement démographique, il convient de mesurer « le poids relatif des agents physiques, chimiques ou biologiques auxquels un individu est exposé dans son existence ».

Près de 400 agents sont pour l’heure classés comme cancérogènes pour l’homme par le Centre international de re­cherche sur le cancer (Circ). Mais il en est d’autres, qui sont actuellement sous surveillance, au même titre que certaines combinaisons d’éléments susceptibles d’accélérer le développement des cancers. Autant d’inconnues dont il faut vérifier l’impact par des études épidémiologiques, de manière à mettre en œuvre une meilleure prévention.

Frédéric Lavignette