Prescription du Mediator® : à qui la faute ?

On estime entre 50 et 70% le pourcentage des prescriptions du Mediator®, hors autorisation de mise sur le marché (AMM). Le quotidien Libération publie aujourd'hui une enquête sur la responsabilité des médecins de ville qui ont très largement prescrit cet antidiabétique comme coupe-faim.

"Mediator® à gogo dans les cabinets médicaux", titre Libération (pages 30 et 31). Ce quotidien publie une enquête sur la responsabilité des médecins de ville qui ont prescrit cet antidiabétique comme coupe-faim, hors de son indication spécifiée dans son autorisation de mise sur le marché (AMM). "Je veux bien que l'on accuse l'Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé de ne pas avoir fait son travail, déclare un ancien haut responsable des médicaments. Mais je suis ahuri que les médecins qui ont prescrit le Mediator® passent complètement à travers les gouttes." Avant d'ajouter : "Les médecins libéraux n'arrêtent pas de mettre en avant leur sacro-sainte liberté, leur droit à prescription. Et là, ils s'exonèrent de toute responsabilité. Comme s'ils n'y étaient pour rien."

On estime entre 50 et 70 % le pourcentage des prescriptions hors AMM. "Un taux énorme", souligne Eric Favereau, auteur de l'enquête de Libération. Jamais le Conseil de l'ordre des médecins, via la Sécurité sociale, n'a reçu autant de plaintes pour des traitements abusifs. Plus de 85 décisions disciplinaires concernant le Mediator® ont été prononcées par l'Ordre dans les années 1990 et 2000. "C'est beaucoup et même unique, reconnaît le Dr André Desueur, responsable de la politique publique à l'ordre des médecins. Ces plaintes ne sont sûrement que la face émergée de l'iceberg des médicaments amaigrissants."

"Dans ces plaintes, comme dans la réalité des pratiques, il y a de tout. De la méconnaissance, comme de l'escroquerie franche", constate Eric Favereau. Un peu partout en France, des dizaines de praticiens se montraient très généreux en prescriptions de Mediator® comme coupe-faim. Ce sont eux que l'on retrouve dans les plaintes de la Sécu et de l'Ordre des médecins.

"Quand je prescrivais du Mediator®, je n'avais pas du tout le sentiment que je prescrivais une amphétamine ou un coupe-faim dangereux", témoigne Pascal Dureau, généraliste à Venissieux (Rhône). La preuve ? "J'avais quelques kilos de trop, j'ai pris du Mediator®."

Claude Leicher, président du syndicat de généralistes MG-France, le reconnaît : "C'est rare qu'un médecin n'ait pas prescrit du Mediator®. Il y avait une pression sociale permanente." Puis il ajoute, un rien fataliste : "Ce ne sont pas les critères de santé publique qui régissent notre système de santé , mais “le lobbying”. Regardez ce qui se passe avec la maladie d'Alzheimer. On nous pousse à prescrire des médicaments, alors que la Haute Autorité de santé nous dit qu'ils ne servent à rien." La faute à qui, alors ?, interroge Eric Favereau.

Dans le registre judicaire, le début du procès de Jacques Servier a été fixé au 26 septembre, indique Le Journal du dimanche (page 14). Il devrait durer cinq jours.

Médicaments surveillés : quels risques ?
La publication de la liste de 77 médicaments surveillés, le 31 janvier par l'Afssaps, a suscité beaucoup d'incompréhension de la part des patients et des médecins. "La population a compris qu'il s'agissait de la liste des médicaments dangereux et s'étonnait alors qu'ils soient commercialisés", réagit le pharmacologue Bernard Bégaud. De cette liste, Le Figaro-santé (pages 12 et 13) analyse la balance bénéfices-risques de 12 des produits les plus utilisés. Parmi eux : Alli® (lutte contre l'obésité), Champix® (sevrage tabagique), Rohypnol® (somnifère), Tramadol® (lutte contre la douleur)...

Depuis 2006, indique le quotidien, toutes les molécules innovantes font l'objet d'un "plan de gestion des risques" pour mieux connaître leurs effets secondaires, encore largement ignorés au moment de leur mise sur le marché. Comme l'explique le Pr François Chast, ancien président de l'Académie de pharmacie, il faut faire la différence entre les molécules qui apportent une réelle innovation thérapeutique, comme le Glivec® (traitement des leucémies myéloïdes chroniques), même au prix d'effets secondaires, de celles qui peuvent être retirées rapidement du marché, soit parce qu'elles concernent des maladies bénignes ou qu'il existe des alternatives thérapeutiques.
John Sutton