Pourquoi la CSG a été écartée de la réforme des retraites

Au cours de l'été, le gouvernement aura hésité entre deux pistes pour financer la réforme des retraites : une hausse des cotisations sociales ou une augmentation de la contribution sociale généralisée (CSG). C'est finalement la première option qui été retenue. Pour quelles raisons ? Début juillet, relate Vincent Collen dans Les Echos (page 4), l'exécutif privilégie la voie des cotisations. "C'est celle qu'ont suivie les partenaires sociaux pour renflouer les régimes complémentaires Agirc-Arrco", explique un conseiller ministériel au quotidien économique.

Au fil des réunions apparaît un autre scénario, "défendu par la ministre des Affaires sociales et de la Santé", qui consiste à s'attaquer simultanément au déficit du régime des retraites et de l'assurance maladie. "Du coup, c'est l'option de la CSG qui surgit. Instauré par Michel Rocard en 1991 pour financer la Sécurité sociale, ce prélèvement repose sur une base plus large que les cotisations. Il pèse sur les revenus d'activité, mais aussi sur les pensions des retraités et les revenus du patrimoine", rappelle Vincent Collen. Selon le journal économique, le président de la République s'était rangé, début août, à cette idée.

Inconvénient : s'attaquer à ces deux déficits alourdirait considérablement la facture et le gouvernement craint alors le "ras-le-bol fiscal" des Français, selon l'expression du ministre de l'Economie, Pierre Moscovici, ainsi qu'une rentrée sociale "chaude" puisque la CGT et FO appellent à manifester contre la réforme des retraites le 10 septembre.

La CDFT, pour sa part, ne rejette pas le levier de la CSG, mais davantage pour financer des prestations universelles comme la maladie ou la famille que pour les retraites. Dans ce contexte, "la ba­lance commence à pencher à nouveau en faveur des cotisations". Ce que confirmera le Premier ministre mardi soir en présentant la réforme des retraites.

Autre décision prise par le gouvernement : ne pas reporter l'âge légal du départ en retraite, ce que regrette Raymond Soubie, ancien conseiller social de Nicolas Sarkozy et président des sociétés de conseil Alixio et Taddeo. "La seule mesure vraiment efficace, déjà prise en 2010 et qu'il faut poursuivre pour ré­duire les déficits des régimes de retraite, est le report de l'âge de départ, dont on se demande pourquoi il est écarté par le gouvernement jusqu'à 2040, alors qu'il est mis en œuvre par la plupart des autres pays européens", écrit-il dans une tribune publiée dans Les Echos (page 7).

Plus globalement, quelle analyse les économistes font-ils des mesures annoncées ? Le Figaro (page 22) a posé cette question à trois d'entre eux. Marc Touati, président du cabinet ACDEFI, regrette, entre autres, "que les régimes spéciaux ne soient toujours pas alignés sur le ré­gime général". Marc Fiorentino, associé chez monfinancier.com, estime quant à lui que le gouvernement "n'a pas saisi l'occasion de faire une réforme structurelle". En revanche, Antoine Bozio, directeur de l'Institut des politiques publiques, juge "assez justifié" l'ensemble des mesures annoncées. "On ne pouvait pas attendre plus du gouvernement pour une réforme aussi rapide qui doit établir l'équilibre financier du système", estime-t-il.

Enfin dans Le Monde (page 8), Henri Sterdyniak, économiste à l'Observatoire français des conjonctures économiques (OFCE), juge "légitime" qu'il soit de­mandé un effort aux retraités. "Si les cotisations des salariés augmentent, il est normal de faire aussi contribuer les retraités."

Alcool : les effets secondaires du baclofène
Initialement prescrit contre les spasmes musculaires, le baclofène a vu ses ventes bondir depuis qu'il est aussi utilisé contre la dépendance à l'alcool, suite à la parution d'un ouvrage Le dernier verre dans lequel le Dr Olivier Ameisen racontait comment il s'était sevré de l'alcool grâce à ce produit. S'il n'a toujours pas d'autorisation de mise sur le marché (AMM) pour cette indication, le baclofène fait l'objet depuis 2012 de deux essais cliniques lancés par l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM), indique La Croix (page 9).

Les premiers résultats viennent d'être publiés. Ainsi, rapporte Le Figaro (page 9), 263 cas d'effets secondaires ont été relevés, dont 93 graves. Les effets les plus courants sont "les troubles neurologiques (33%), les troubles psychiatriques (21%) et les troubles gastro-intestinaux (10%)".

Pour le Pr Michel Reynaud, chef du service addictologie à l'hôpital Paul-Brousse de Villejuif (Val-de-Marne) et responsable d'un des essais cliniques, "ce n'est pas un produit miracle". Le baclofène, confirme ce spécialiste, "n'est pas dénué d'effets secondaires" et "ne fonctionne pas sur la totalité des patients. Mais cela n'enlève en rien son très grand intérêt pour lutter contre la dépendance à l'alcool. La plupart des patients préfèrent avoir un peu de somnolence mais être libéré de leur addiction".

Jean-Michel Molins