Perturbateurs endocriniens : quelles solutions ?

Par quoi substituer les perturbateurs endocriniens contenus dans de nombreux produits industriels de consommation courante ? Pour le moment la question reste sans réponse mais les pouvoirs publics, tout comme les agences de sécurité sanitaire ou les industriels, y réfléchissent.

Le bisphénol A (BPA) et les phtalates à chaînes courtes sont particulièrement concernés par ces remplacements parce que "ces substances hautement toxiques" interfèrent avec le fonctionnement hormonal. A ce titre, précise Le Monde (page 10), "la Commission européenne s’est attelée à l’élaboration d’une liste prioritaire de substances dont elle entend établir le rôle dans la perturbation endocrinienne".

De son côté, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) doit rendre publiques en mai ses conclusions sur les risques présentés par le bisphénol A selon les voies d’exposition. En septembre dernier, l’agence avait déjà rendu un rapport sur les effets indésirables de ce plastifiant.

Le BPA est essentiellement utilisé sous deux formes, explique le quotidien. En tant que polycarbonate, il est employé pour la fabrication de verres optiques de CD ou DVD ou, jusqu’à récemment, pour la fabrication des biberons. Sous forme de résines époxydes, le BPA apparaît dans le revêtement intérieur des boîtes de conserve. Il existe 18 familles de molécules permettant de remplacer le BPA sous sa forme polycarbonate, et 16 pour les résines époxydes.

Pour autant, indique Dominique Gombert, directeur des risques à l’Anses, "cela ne signifie pas que ces solutions soient toutes transposables industriellement et nous ignorons le plus souvent dans quelle mesure la famille alternative présente des risques". Par exemple, depuis l’interdiction du bisphénol A dans leur plastique, les biberons contiennent désormais du polypropylène dont on ne connaît pas l’impact sur la santé, faute d’études suffisantes.

Cette justification est souvent avancée par "des industriels qui traînent des pieds", observe Rémy Slama, le président du conseil scientifique du programme national de recherche sur les perturbateurs endocriniens à l’Inserm. Pour éviter cet immobilisme, il est donc nécessaire d’évaluer tous les risques afin de "mener à bien une politique de substitution" applicable au niveau européen, voire international.

Frédéric Lavignette