Perte du triple A : les impacts d’une mauvaise note

Il ne s'agit que d'une opinion sur la solidité de la dette d'un pays, et pourtant la dégradation d'un cran de la note française a largement occupé l'actualité du week-end.

Vendredi, à cent jours du premier tour de l'élection présidentielle, l'agence Standard & Poor's a en effet abaissé d'un point la note attribuée à la dette française. Au même titre que l'Autriche qui vient également de passer de AAA (sécurité maximale) à AA+ (qualité haute ou bonne), la France n'appartient plus au groupe d'Etats de la zone euro "détenteurs de ce sésame permettant d'emprunter à moindres frais sur les marchés", souligne Libération de samedi 14 janvier (pages 2 à 7).

Jusqu'alors, précise Le Monde (pages 2 à 6), "Paris bénéficiait de la meilleure note possible chez Standard & Poor's depuis sa première évaluation, le 25 juin 1975". Pour sa part, l'Allemagne conserve sa stabilité, ce qui a "de quoi creuser davantage encore l'écart entre les deux pays aux yeux des investisseurs et donc d'augmenter les taux auxquels la France emprunte", indique à son tour Le Figaro de samedi (page 22).

Cette annonce, a estimé dans la foulée François Baroin sur France 2, "n'est pas une bonne nouvelle, mais ce n'est naturellement pas une catastrophe". Aussi, le ministre de l'Economie tient-il à ne "pas affoler les Français", à l'instar de Valérie Pécresse. Selon la porte-parole du gouvernement, la France reste une "valeur sûre" et la politique de l'exécutif va rester "focalisée sur le désendettement, la compétitivité de l'économie et la croissance", rapporte Le Figaro de samedi.

En dépit de ces propos rassurants, il faudra pourtant bien financer la dette nationale qui s'élève à 1.700 milliards d'euros. Pour cela, observe La Croix pages 2 à 4), il sera nécessaire d'"em­prunter cette année près de 180 milliards d'euros, le gouvernement ayant prévu de le faire à un taux moyen de 3,7%". Or, si les taux augmentent et compte tenu des sommes en jeu, "cela pourrait se traduire par un coût supplémentaire de plusieurs milliards d'euros chaque année".

La croissance devrait également subir le contrecoup de cette dépréciation. Dans le budget 2012, celle-ci a été estimée à 1%, "mais plus personne n'y croit", note le quotidien. En cas d'arrêt ou de recul de la croissance, le Premier ministre n'exclut pas des "ajustements" afin d'"adapter notre budget à la réalité de la croissance".

Dans un entretien qu'il accorde au Journal du dimanche (page 3), François Fillon semble vouloir envoyer des "messages positifs aux investisseurs et donner aux entrepreneurs le désir de rester en France". D'où sa priorité, et celle du chef de l'Etat : de "prendre une me­sure significative sur la baisse du coût du travail" d'ici aux présidentielles. Parmi les multiples réformes envisagées, indiquent Les Echos (pages 2 à 9), figurent la mise en place de la TVA sociale pour abaisser le coût du travail, mais aussi des accords de compétitivité encouragés dans les entreprises et une formation accrue pour les demandeurs d'emploi.

Vers un clash au sommet ?
A deux jours de la tenue du sommet social pour l'emploi à l'Elysée, au cours duquel Nicolas Sarkozy doit accueillir les partenaires sociaux, plusieurs pistes sont d'ores et déjà dévoilées. Pour Le Figaro (page 24), ce sommet "débouchera sur des mesures d'urgence contre la crise". Mais pour ce qui est des détails, note Le Parisien/Aujourd'hui (page 8), il faudra attendre la fin du mois de janvier et l'intervention du président lors de son passage sur le plateau de France 2.

A priori, observe Le Figaro, des quatre thèmes mis sur la table des discussions, le chômage partiel et la formation des chômeurs ne devraient pas "poser de problème". En ce qui concerne le premier, une simplification des modalités de recours devrait être annoncée mercredi soir par Nicolas Sarkozy. Pour ce qui est de la formation des chômeurs, aujourd'hui assurée aux deux tiers par les régions, le chef de l'Etat pourrait encourager davantage le rôle de Pôle emploi.

Il devrait également mettre l'accent "sur les demandeurs d'emploi qui risquent de basculer en chômage de longue durée (sans emploi depuis plus d'un an) ou qui y sont déjà, via un renforcement de leur accompagnement, une hausse du quota de contrats aidés qui leur est ré­servé ou un déploiement plus rapide des préparations opérationnelles à l'emploi".

Le financement de la protection so­ciale est en revanche une "mesure qui fâche", note Le Parisien/Aujourd'hui (page 8). "Cette idée qui consiste à faire baisser le coût du travail, en allégeant les charges sociales, et à compenser le manque à gagner en augmentant la TVA", explique le quotidien, a pour objectif d'encourager la compétitivité et de lutter contre les délocalisations.

De cette mesure, les syndicats ne veulent pas "en entendre parler", indique Le Figaro. De même pour les "accords de compétitivité emploi", qui permettent aux entreprises en difficulté de négocier une nouvelle durée du travail, ou une baisse de salaire, quand ce n'est pas les deux à la fois. "Sur ces points, souligne le quotidien, Nicolas Sarkozy ne devrait pas sortir du bois avant la fin du mois. (…) Le chef de l'Etat est en effet persuadé que les syndicats appelleront à une journée de mobilisation dès qu'il précisera sa pensée, une première en pleine campagne électorale"…
Frédéric Lavignette