Permanence des soins : les gardes baissent la garde

Le volontariat est en voie de disparition chez les généralistes. En té­moigne le rapport annuel de l'Ordre des médecins qui constate une érosion régulière de la permanence des soins. En effet, rapporte Le Figaro (page 19) à l'appui de ce document, "dans 71% des départements au moins six généralistes sur dix sont volontaires pour assurer des gardes de nuit et de week-end". Or, il y a cinq ans, 85% des départements atteignaient le même score. D'après l'Ordre, cette tendance à la baisse a plusieurs explications, notamment celle de "la féminisation de la profession", ou en­core du vieillissement progressif du corps médical.

En dépit de cette situation, les réquisitions préfectorales ont été paradoxalement moindres. L'an dernier, 19 préfets ont prononcé une ou plusieurs réquisitions, alors qu'en 2010, ils étaient 28. En outre, observe le quotidien, le nombre de médecins libéraux participant à la régulation téléphonique (c'est-à-dire répondant aux appels des centres 15) a augmenté, passant à 2.537, soit + 10% en un an.

Au passage, remarque l'Ordre, ce dispositif téléphonique semble des plus adaptés, car "il permet de graduer la réponse selon la gravité du cas (conseil par téléphone, ordonnance par courriel, envoi d'un médecin à domicile, intervention d'un véhicule d'urgence…)". Cependant, l'Ordre aspire à davantage d'organisation pragmatique dans le fonctionnement global de cette permanence des soins qui relève désormais des agences régionales de santé (ARS), alors qu'auparavant cette mission incombait aux conseils départementaux de l'Ordre, précise Le Figaro.

Par ailleurs, l'Ordre s'interroge aussi sur la pertinence de financer les associations qui gèrent les gardes après minuit. A partir de cette heure, les rares appels concernent souvent des urgences vitales nécessitant l'envoi d'un véhicule de Samu, plutôt qu'un médecin seul et sans équipement. Pourtant, le coût de cette garde s'élève à 150 euros par médecin d'astreinte et par nuit.

La question des regroupements de secteurs est aussi soulevée. Il y a neuf ans, on comptait 33.770 zones d'interventions sur tout le territoire alors qu'aujourd'hui elles sont au nombre de 2 267. Moins de généralistes sur des zones plus vastes signifie par conséquent que "le médecin passe plus de temps à conduire qu'à consulter", relève l'Ordre. C'est pour cela qu'il préconise la multiplication des maisons médicales de garde et l'instauration de conventions avec des sociétés de taxi ou d'ambulance afin de reconduire au besoin les patients à leur domicile.

DMP, un an après
Après toutes les péripéties qui ont précédé sa mise en place, comment se déploie le dossier médical personnel (DMP) ? C'est à cette question que tente de répondre Le Monde (page 28), un an après son lancement officiel national.

Le DMP a été adopté aujourd'hui par 75.000 personnes. Grâce à cet outil, rappelle le journal, les professionnels de santé peuvent avoir accès à certaines informations concernant leurs patients : comptes rendus d'interventions, d'hospitalisation, analyses médicales, scanners, échographies, allergies, etc.

Gratuit et facultatif, chaque Français peut en disposer via Internet à partir de sa carte Vitale, pour y faire apparaître les informations qu'il souhaite. En cas d'urgence seulement, "tout professionnel de santé peut avoir accès au DMP, sauf si son détenteur s'y est formellement opposé", rappelle Le Monde.

A ce jour, même si 70% des médecins généralistes disposent de logiciels compatibles pour consulter ces dossiers médicaux, les 800.000 professionnels de santé "ne sont pas tous convaincus" de la pertinence de cet outil.

Un an après son lancement, le bilan est mitigé. Seul un Français sur deux en a entendu parler, même si 84% de la population en a plutôt une opinion positive. "La montée en puissance est prévue sur plusieurs années", signale le quotidien. Aussi, "ce serait déplorable de l'interrompre comme le proposent certains députés socialistes", observe le Dr Jacques Luca, vice-président du Conseil national de l'ordre des médecins et spécialiste des questions de e-santé.

A la radio
Le président de la Mutualité Française a réagi ce matin sur RTL, dans le cadre du journal de 6 heures, à la volonté du gouvernement d'instaurer par arrêté le secteur optionnel.

"Ce sera une mesure inflationniste qui risque de coûter cher aux mutuelles donc aux Français", a indiqué Etienne Caniard. "Personne ne veut de ce secteur optionnel", a-t-il ajouté. Dès lors, "on est beaucoup plus dans un effet d'annonce" alors qu'il faudrait "plutôt proposer une mesure qui réellement réponde à cet enjeu d'accès aux soins" que sont les dépassements d'honoraires.
Frédéric Lavignette