Mobilisation pour les retraites : début du bras de fer

Pour ce premier rendez-vous de la rentrée sociale, les syndicats "prévoient de faire mieux que le 24 juin avec ses deux millions de manifestants". Par conséquent, juge Le Monde (page 10), la mobilisation d'aujourd'hui contre la réforme des retraites "risque de peser sur la seconde moitié du quinquennat" de Nicolas Sarkozy.

Ce "tournant du quinquennat", comme le titre en "une" La Tribune, risque en effet de menacer la dernière phase du mandat présidentiel. Selon le quotidien économique (pages 2 à 5), le texte qui est aujourd'hui examiné à l'Assemblée nationale constitue "un cocktail détonant pour Nicolas Sarkozy". Et pour l'heure, face à la détermination de l'intersyndicale, l'exécutif entend "tenir bon", note Le Figaro (pages 3 à 5). "Quelle que soit l'ampleur des défilés, Nicolas Sarkozy est décidé à faire voter le texte", assure le quotidien.

Sur certains points de la réforme, le gouvernement devrait rester inflexible, estime Libération (pages 2 à 4). Par exemple, le report de l'âge légal de départ à la re­traite "ne devrait pas bouger". Actuel­lement fixé à 60 ans, il passera à 62 ans en 2018. Comme l'explique La Tribune, "ce relèvement se fera à raison de quatre mois par an à partir du 1er juillet 2011".

Le texte envisage également de faire passer de 65 à 67 ans l'âge à partir duquel il est possible de bénéficier d'une retraite à taux plein, c'est-à-dire sans décote. A partir de juillet 2016, cet âge progressera de quatre mois par an, pour atteindre 66 ans en 2019 et 67 ans en 2023.

Le projet de loi instaure aussi un rapprochement entre public et privé, poursuit le quotidien économique. La réforme propose en effet d'"aligner sur 10 ans les cotisations des fonctionnaires (7,85%) sur celles des salariés du privé (10,65%)". Dans le même mouvement, dès 2012, elle prévoit de mettre un terme à la fin du départ anticipé sans condition pour les parents de trois enfants ayant quinze ans de service.

Avec la réforme, tous les salariés, du secteur privé comme du secteur public, devront cotiser 41 ans et un trimestre en 2013. En 2020, la durée de cotisation atteindra les 41,5 ans.

Pour le moment, note La Tribune, les salariés de la SNCF, de la RATP, d'EDF et de GDF ne sont pas concernés par les "nouvelles règles d'âge de départ". "Soucieux d'éviter un conflit paralysant les transports publics, le chef de l'Etat a décidé d'exclure les régimes spéciaux de sa réforme 2010", analyse le quotidien. Mais le texte prévoit leur entrée dans le nouveau dispositif en 2017.

Les seuls points que l'exécutif est susceptible de faire évoluer concernent la pénibilité, les carrières longues et les polypensionnés. Sur ces thèmes, explique Le Monde, le gouvernement a prévu des amendements "pour ne pas donner à l'opinion l'impression qu'il était fermé au dialogue". Mais ces concessions, constate le journal, "ne devraient modifier le texte qu'à la marge".

Face à ces positions de l'exécutif, les syndicats "se préparent déjà à la suite du bras de fer", notent Les Echos (pages 2 à 3). Dès demain, les organisations doivent se réunir au siège de la CGT pour envisager les étapes à venir. Les plus contestataires, indique le journal économique (FSU et Solidaires), aspirent à "une nouvelle action très rapide, avec en ligne de mire le jour du vote des députés", à savoir le 15 ou 16 septembre.

La CFDT et la CGT, au contraire, ne souhaitent pas se précipiter. Cette dernière prévoit de réunir ses fédérations et d'organiser des assemblées générales dans les entreprises "pour jauger de la meilleure tactique" à adopter.

Quoi qu'il en soit, une nouvelle journée d'actions se dessine au début du mois d'octobre, annoncent Les Echos, au moment du début de l'examen du texte au Sénat prévu le 4 ou 5. "Les dates du samedi 3 et du samedi 10 seront notamment étudiées, les syndicats étant tentés d'organiser la prochaine manifestation un week-end pour faciliter la tâche aux salariés."
Frédéric Lavignette