Mini-remaniement

Après la sévère défaite de la ma­jorité aux régionales, Nicolas Sarkozy a procédé hier soir à un léger remaniement ministériel, recentré à droite, via une ouverture aux chiraquiens et aux villepinistes. La presse nationale y voit ce matin une équipe en ordre de bataille pour affronter la réforme des retraites. "Priorité à la réforme des retraites", titre Le Figaro. Pour Les Echos c'est "un remaniement qui ouvre la ré­forme des retraites" et La Tribune voit en Fillon un "superministre des retraites".

François Baroin (44 ans), député-maire de Troyes, proche de Jacques Chirac, devient ministre du Budget, des Comptes publics et de la Réforme de l'Etat, annoncent Les Echos (page 2). "Il a la lourde tâche de succéder à Eric Woerth, (...) au moment où la crise se fait le plus sentir sur les finances publiques", écrit Jean-Baptiste Garat, du Figaro (page 5). "A lui la lourde tâche de trouver 50 milliards d'euros d'économies pour ramener le déficit public à 3% du PIB en 2013, précise Anne Eveno de La Tribune (page 2), à lui de réduire les dépenses de fonctionnement de l'Etat, à lui encore de démanteler certaines niches fiscales ou de combler le trou de la Sécu." Le quotidien économique ajoute que lors de la 2e conférence sur les déficits publics, fin avril, le nouveau ministre du Budget devra faire des propositions pour réduire les dépenses de l'Etat.

Son père, Michel Baroin, PDG de la Garantie mutuelle des fonctionnaires (GMF) et de la Fnac, était un ami personnel de Jacques Chirac, qui prendra le fils sous son aile et le poussera à entrer en politique, rappellent Les Echos (page 2).

Eric Woerth quitte le Budget pour le ministère du Travail, souligne Le Figaro (page 4), où il succède à Xavier Darcos, qui "paie sa contre-performance en Aquitaine et sa relation difficile avec le conseiller social du chef de l'Etat, Raymond Soubie", commentent Les Echos (page 2). Marc-Philippe Daubresse, centriste de l'UMP, profite lui aussi de l'ouverture nouvelle manière. Il remplace Martin Hirsch à la Jeunesse et aux Solidarités actives (Les Echos, page 2). Ce dernier présidera l'Agence du service civique. Enfin, le villepiniste Georges Tron, député UMP de l'Essonne, est nommé secrétaire d'Etat à la Fonction publique (Le Figaro, page 5).

Climat social "explosif"
"Après la douche électorale, le bain social", ironise Libération (page 19) pour annoncer la première journée d'action interprofessionnelle depuis cinq mois pour défendre "l'emploi, les salaires et les retraites", appelée par cinq organisations syndicales. Des perturbations sont à prévoir en particulier dans les transports et dans la Fonction publique, notamment dans l'Education nationale. Pour François Chérèque, secrétaire national de la CFDT, interviewé dans La Tribune (page 4), avec "des plans sociaux qui se multiplient partout et de la souffrance au travail", le climat social est "explosif". "Le chômage augmente et va continuer à progresser.

Si, compte tenu de ce constat, le gouvernement estime qu'il en a fait suffisamment, on court à la catastrophe", prévoit le leader de la CFDT. Sur les retraites, il estime qu'"on ne peut régler les inégalités du système que par une réforme en profondeur". "Les moins de 30 ans sont persuadés qu'ils vont payer pour la réforme, mais qu'ils n'auront droit à rien, observe-t-il. Ne pas corriger les inégalités, c'est les pousser à faire le choix des fonds de pension." Par ailleurs, les syndicats s'irritent de devoir traiter avec leur quatrième ministre du Travail en trois ans. Ce nouveau changement du titulaire du poste de la rue de Grenelle risque fort de faire prendre du retard à des dossiers cruciaux, craint La Tribune (page 3), qui résume la situation par cette formule poétique : "Valse au travail, grogne syndicale."
John Sutton