Mediator® : à la recherche des responsables

Dans l'affaire du Mediator®, la Sécu entend bien faire "valoir ses droits". C'est ce qu'a annoncé samedi le directeur de la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), précisant que la Cnam envisage de "se faire rembourser des sommes qui auraient été prises en charge à la suite des problèmes consécutifs à la consommation de Mediator®". "Les soins pris en charge n'ont pas à être financés par la collectivité", estime Frédéric van Roekeghem. Aussi, rapporte Libération (page 13), celui-ci sera "extrêmement" attentif aux développements judiciaires de l'affaire, en particulier aux procédures intentées par des victimes de ce produit contre son fabricant.

Pour se faire rembourser les frais médicaux des victimes du Mediator®, il faut en premier lieu en évaluer le coût. D'après une note de l'Union nationale des organismes d'assurance maladie complémentaire (Unocam) évoquée par La Croix (page 11), le montant de la facture s'élèverait à 423 millions d'euros : 324,89 millions d'euros pour l'assu­rance maladie et 98,7 millions pour les complémentaires santé.

"Et encore, cette somme ne correspond qu'au remboursement du médicament sur dix ans", observe le député socialiste de Haute-Garonne, Gérard Bapt. Selon lui, "le produit est resté sur le marché plus de trente ans et a provoqué d'autres coûts (consultations, hospitalisations) chez les patients victimes de complications".
Dans un futur proche, les frais occasionnés par le Mediator® vont continuer de progresser, d'autant que le ministre de la Santé, Xavier Bertrand, a annoncé que tous les patients vont bénéficier d'une "prise en charge intégrale" par l'assurance maladie.

Aujourd'hui, la polémique concernant le coût global du Mediator® vient se doter d'un nouvel élément que révèle Le Figaro (page 9). Intitulé "Faut-il revoir les conditions de prises en charge du Mediator® ?", un document que s'est procuré le journal "atteste que, déjà, en mars 1998, l'Union régionale des caisses d'assurances maladie (Urcam) de Bourgogne tirait la sonnette d'alarme" sur "la qualité, la sécurité et le remboursement du médi­cament".

A cette époque, indique Le Figaro, le rapport destiné à l'Agence du médicament soulignait que "le coût annuel des prescriptions de Mediator® pour l'assurance maladie est d'environ 4 millions de francs par an" pour la seule Bourgogne. "Un montant astronomique si on l'extrapole à toute la France", souligne le quotidien.
La commission de la transparence estimait alors que le Mediator® ne bénéficiait pas d'une efficacité suffisante pour être remboursé. Or, il le sera encore à hauteur de 65% jusqu'en 2009, écrit Anne Jouan, au tarif de 15 euros le mois de traitement.

Autre problème soulevé à la suite de cette étude : près du tiers des prescriptions de ce médicament se font hors du champ de l'autorisation de mise sur le marché (AMM). Dès lors, la possibilité de mettre en cause les médecins qui auraient prescrit le médicament comme coupe-faim en dehors de l'AMM est avancée. Par la voix du Dr André Desueur, le Conseil national de l'ordre des médecins lui-même reconnaît que "certains praticiens ont mis en danger la santé des patients" en prescrivant le produit détourné de son rôle médical initial destiné aux patients souffrant d'hypertriglycéridémie ou aux diabétiques en surpoids.

Reste à savoir combien exactement, se demandait hier Le Journal du dimanche (page 8). Pour Claude Leicher, président du syndicat de généralistes MG France, seul "un petit nombre" de médecins a prescrit le Mediator® en guise de coupe-faim.

Entre 1976 et son retrait du marché en novembre 2009, environ 5 millions de personnes ont utilisé le Mediator®, estime Libération. Aussi, "plusieurs de ces patients envisagent de se retourner en justice contre les praticiens sortis des clous", indique le JDD. Il faut dire, rappelle Libération, que ce médicament "pourrait être responsable de 500 à 2.000 décès".

Premier responsable à être mis en cause, "comment le laboratoire [Servier] va-t-il riposter ?", se demande La Croix. Interrogé par le journal, le député Gérard Bapt pressent que Servier va axer sa défense sur deux points. "Pour les non-diabétiques, qui ont pris du Mediator® juste pour maigrir, le laboratoire va renvoyer la responsabilité sur les médecins qui ont fait ces prescriptions en dehors de l'autorisation de mise sur le marché". En revanche, pour les prescriptions faites dans le cadre de l'AMM, "Servier va se dédouaner en se retournant contre les autorités du médicament qui ont autorisé le Mediator®. Sur ces deux points, le débat juridique s'annonce complexe", prévient le député. Quant aux conséquences de cette affaire pour Jacques Servier, la question peut se poser, comme le soulève L'Humanité (pages 2 à 3), qui retient que "le PDG milliardaire est une vielle relation du chef de l'Etat qui l'a fait grand-croix de la Légion d'honneur en juillet 2009"...
Frédéric Lavignette