Les seniors, prochains moteurs de l’économie ?

Plus nombreux et plus riches qu'avant, les seniors incarnent aujourd'hui un champ économique bien réel mais dont le potentiel est en­core en sommeil. Pourtant, estime un rapport du commissariat général à la Stratégie et à la Prospective (CGSP) remis aujourd'hui à Michèle Delaunay, la ministre chargée des Personnes âgées et de l'Autonomie, quelques impulsions suffiraient pour faire émerger cette "Silver économie".

Intitulé "La Silver économie, une opportunité de croissance pour la France", le document du CGSP dresse un état des lieux de ce marché et préconise six pistes pour l'améliorer, indique Libération (pages 16 et 17) qui se l'est procuré. En s'appuyant sur de récentes études, il souligne par exemple que dès 2015, les seniors assureront la majorité des dépenses de plusieurs secteurs. Ils seront notamment à l'origine de 64% des dépenses de santé, de 60% des dépenses alimentaires, de 58% de celles effectuées dans les équipements, de 57% des dépenses en loisirs ou encore de 56% de celles réalisées sur le marché de l'assurance.

Il faut dire que leur niveau de vie depuis 1984 ne cesse de grimper et qu'il reste "en moyenne plus élevé que celui des moins de 50 ans", observe le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie (Credoc). Ils sont de surcroît de plus en plus nombreux. On estime en effet qu'un Français sur trois sera âgé de plus de 60 ans en 2035, contre un Français sur cinq en 2005. Selon le rapport du CGSP, une simple projection par âge permet d'envisager une forte croissance du marché des seniors, de l'ordre de + 150% d'ici à 2050.

Des créations d'emploi sont donc envisageables dans l'avenir, et pas seulement dans le secteur de l'aide à domicile. Grâce également à la domotique, la robotique, la téléassistance ou encore à la télémédecine, les seniors pourraient faire "décoller" l'économie. Encore faudrait-il que notre société s'investisse un peu plus dans l'économie du vieillissement, comme l'ont fait certains de nos voisins ou le Japon.

Pour cela, le rapport propose d'établir une "stratégie d'émergence de la fi­lière Silver économie" en ciblant particulièrement les seniors les plus aisés, lesquels peuvent amorcer le passage à un marché de masse, par exemple dans le médico-social, sans grand recours à des subventions. Autres suggestions : canaliser leur épargne vers le financement de la croissance via un livret d'épargne spécifique, ou encore réformer le viager.

Dépenses publiques : 50 milliards d'économies en plus
"Le gouvernement s'engage à baisser la dépense publique de 50 milliards d'ici à la fin du quinquennat", a annoncé hier sur RTL, le Premier ministre. En réalité, indiquent Les Echos (page 3), Jean-Marc Ayrault et son entourage ont déjà entamé une réflexion sur le chantier des économies des dépenses publiques pour la pé­riode 2015-2017 dans le cadre du prochain budget pluriannuel qui sera présenté à l'automne 2014.

Par ce chantier, écrit le quotidien, "l'exécutif entend réaliser au minimum une quinzaine de milliards d'euros d'économies par an sur la période (d'où le chiffre de 50 milliards), soit autant que ce que prévoit déjà le budget 2014". Tous les ministres devraient être mis à contribution. Le Premier ministre les a d'ailleurs réunis le 13 novembre pour qu'ils identifient d'ores et déjà les pistes d'économies à entreprendre au sein de leur ministère, "sans quoi elles leur seront imposées par Matignon".

Cette baisse des dépenses s'appuiera notamment sur la modernisation de l'action publique (Map), entamée il y a un an et dont certains dans les rangs même du gouvernement doutent de l'efficacité. Un Comité interministériel pour la Map doit se tenir le 18 dé­cembre, "mais aucune évaluation de politique publique avec des économies substantielles ne doit être dévoilée à cette occasion", rapportent Les Echos. Selon un représentant de l'Etat, en effet, "la Map ne se résume pas aux économies et les économies ne se résument pas à la Map…".

Frédéric Lavignette