Les bonus encadrés a minima

Les rémunérations et bonus des dirigeants des entreprises aidées par l'Etat seront encadrés jusqu'à fin 2010, a annoncé hier le Premier ministre au cours d'une conférence de presse à Matignon. Le décret, publié aujourd'hui au Journal officiel ne concerne que les entreprises du secteur public et celles aidées par l'Etat comme les grandes banques et les constructeurs automobiles, précise le quotidien Les Echos (page 2). Dans ces secteurs, les dirigeants devront renoncer aux stock-options et aux actions gratuites et accepter que "les parts variables et exceptionnelles" (bonus) de leur rémunération soient strictement encadrées, de même que les éventuelles indemnités de départ (parachutes dorés). Les bonus seront interdits en cas "d'importants licenciements". "En limitant les contraintes aux seules entreprises aidées par l'Etat, le Premier ministre a choisi l'apaisement avec le Medef", commente Agnès Laurent dans La Tribune (page 4). "La hache de guerre est enterrée entre le gouvernement et le Medef", renchérissent Les Echos.

Les autres entreprises doivent se conformer au code de bonne conduite édicté par le Medef. Ce dernier devra mettre en place, avant fin avril, un "comité des sages" consultatif chargé de veiller à ce que les dirigeants "reconsidèrent l'ensemble de leurs rémunérations", dès lors qu'ils recourent à "un plan social d'ampleur" ou "massivement au chômage partiel", expliquent Les Echos.

"Le gouvernement ne laissera pas le comportement irresponsable de quelques-uns jeter l'opprobre sur les dirigeants d'entreprise en général", a fustigé François Fillon, cité dans Le Figaro-économie (page 21).

"La règle pour le secteur public, l'autodiscipline pour le secteur privé : la doctrine du gouvernement résistera-t-elle à l'épreuve des faits ?", interroge Le Monde (page 13), qui juge, comme la plupart des quotidiens nationaux, que "les patrons échappent à un strict encadrement de leurs revenus".

"On n'en a pas fini avec les scandales", estime un administrateur de grandes sociétés cotées au CAC 40. "Il faut craindre la réaction de l'opinion, qui rejette en bloc tous ces symboles d'un capitalisme dévoyé", ajoute-t-il.

Côté syndical la déception est grande. "On fait un décret pour deux ans. On aimerait que cela soit inscrit dans le marbre", a regretté hier le leader de la CFDT François Chérèque, sur Canal +. Bernard Thibault, secrétaire général de la CGT, trouve le décret "très très réducteur". Enfin, Jean-Claude Mailly (Force ouvrière) appelle au plafonnement des rémunérations "pour toutes les entreprises" (Les Echos).

5e risque : les syndicats en alerte
Quatre syndicats et trente-et-une associations représentant les personnes âgées et les personnes handicapées ont mis en garde hier le gouvernement contre une réforme a minima de la prise en charge de la dépendance qui susciterait "une immense déception", rapporte La Tribune (page 4). Les pouvoirs publics ont lancé ce chantier en avril 2008 et fixé une feuille de route pour la mise en place d'un "5e risque" de la protection sociale prônant l'ouverture de places en maison de retraite, un meilleur remboursement des sommes à charge des personnes hébergées, une réforme en profondeur de l'allocation personnalisée d'autonomie (Apa) et des "incitations" à souscrire des assurances privées, résume L'Humanité (page 6).

"Le gouvernement semble limiter sa réforme à un simple toilettage de l'Apa et à la seule création d'un droit à l'évaluation individualisée des besoins, tout le reste est flou, laissant même craindre une réduction des financements publics", alertent les signataires du texte, cités dans L'Humanité. Les associations et syndicats rappellent "leur exigence d'un financement reposant très majoritairement sur la solidarité collective, une gestion de proximité assurée par les conseils généraux et une garantie d'égalité des traitements". Le projet du gouvernement dans sa version 2008, s'appuyait sur la solidarité nationale, mais sans prélèvement supplémentaire et préconisait un "partenariat public-privé" avec les assurances, les mutuelles et les instituts de prévoyance.

John Sutton