Le lundi de la Pentecôte fait encore polémique

Même si elle n’est plus imposée mais "à la carte", la journée de solidarité du lundi de la Pentecôte fait encore polémique. Comme le rappelle La Tribune (page 26), cette journée, "travaillée mais non rémunérée", avait été instaurée après la canicule de 2003, responsable de 15.000 morts. Désormais, "elle est fixée à une date qui leur convient par les entreprises ou les branches professionnelles".

Son efficacité est aujourd’hui mise en cause par un certain nombre de professionnels, à commencer par le président de l’Association des directeurs au service des personnes âgées (AD-PA), Pascal Champvert. Dans un entretien publié lundi par Libération (page 12), il signale qu’une partie du produit de cette journée de solidarité sert au contraire "à combler le déficit de l’assurance maladie au lieu de bénéficier aux personnes âgées".

Selon lui, "en 2007, la journée de solidarité fixée alors au lundi de Pentecôte, a rapporté 2,2 milliards d’euros : plus de 1,3 milliard étant destiné aux personnes âgées et en particulier plus de 800 millions d’euros aux établissements d’accueil. Or, tous les crédits n’ont pas été dépensés".

Ce sont ainsi près de 200 millions d’euros issus de cette collecte en 2006 qui n’ont pas été affectés aux personnes âgées ou handicapées. En 2007, ce sont 400 millions qui n’ont pas été utilisés à ces fins. Ces sommes non utilisées ont été intégrées dans l’Objectif national des dépenses d’assurance maladie (Ondam) pour l’année suivante, observe Pascal Champvert.

A la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA), on reconnaît effectivement que 500 millions n’ont pas été dépensés en 2006, "notamment parce que certains établissements ont mis plus de temps que prévu pour être construits ou recruter du personnel", explique La Croix (page 12). Cependant, "sur ces 500 millions, 300 ont servi en 2007 à des dépenses d’investissement pour les maisons de retraite, et 200 millions ont été intégrés dans l’Ondam médico-social, et sont donc bien allés aux personnes âgées et handicapées", se justifie la CNSA.

Une analyse partagée également par la secrétaire d’Etat à la Solidarité, rapportent Les Echos (page 4). Interrogée sur Europe 1, Valérie Létard a indiqué que les sommes récoltées lors de la journée de solidarité sont dépensées "à l’euro près" ou mises en réserve. De leur côté, les syndicats s’opposent toujours au dispositif. Pour la CFTC, "le principe d’une journée de travail non rémunérée est inacceptable". Ce sont les bases même de la protection sociale qu’"il faut accepter de reposer", estime la CGT.

Assurance maladie : chantiers à l’étude
Dans le cadre de la révision générale des politiques publiques (RGPP), un troisième conseil de modernisation doit se tenir à la fin du mois, annoncent Les Echos (page 4). Les régimes sociaux devraient être à l’honneur de ce dernier volet de la RGPP qui consiste à "passer au crible l’ensemble des dépenses de l’Etat, de la Sécurité sociale et des collectivités locales, afin de réaliser des économies substantielles".

Les 150 milliards d’euros de dépenses de l’assurance maladie, les 80 milliards d’euros de la branche famille ou encore les dépenses en matière de solidarité et d’emploi seront examinés de près par chaque ministère en vue de bâtir des "scénarios de réformes permettant de réaliser 10% ou 20% d’économies", souligne le quotidien économique.

Ainsi, pour l’assurance maladie, avertissent Les Echos, "quelque 4 milliards d’euros de transferts des dépenses vers les complémentaires santé ont été évalués". Toutefois, tempère le journal, "le gouvernement n’ira pas jusque-là et le sujet sera abordé d’ici à l’été avec les acteurs concernés plutôt qu’en RGPP, dont les travaux serviront de vivier d’idées dans lequel puiser". Après le "couac de la vraie fausse suppression de la carte famille nombreuse", l’exécutif "a décidé de changer de méthode", écrivent Les Echos pour éviter que "le vaste chantier de la réforme de l’Etat ne tourne au fiasco"...

Frédéric Lavignette