La rigueur au menu

Le mot "rigueur" est désormais employé sans réserve par la presse pour qualifier les intentions à court terme du gouvernement. Après l'an­nonce récente de deux mauvais chiffres, il faut dire que ce dernier projette de serrer plusieurs vis.

D'abord, écrivait hier Le Journal du dimanche (pages 2 et 3), il est certain que "la France ne parviendra pas à ramener son déficit public à 3% en 2013". Ensuite, "la croissance économique a stagné en 2012 et même reculé durant le dernier trimestre". Conclusion : le chef de l'Etat ne parviendra pas à réduire la dette comme il s'y était engagé pendant la campagne présidentielle.

Pour trouver des économies budgétaires, le Premier ministre Jean-Marc Ayrault recevra donc à Matignon "trente-huit ministres remontés ou inquiets", écrivent Les Echos (pages 2 et 3). Et ils ont de quoi, poursuit le quotidien puisque "la loi de programmation 2013-2015 leur avait fixé des enveloppes de crédits serrées mais précises. Or elle est déjà caduque". Inévitablement, des efforts leur seront demandés pour éviter des dérapages qui, à terme, pourraient être sanctionnés par Bruxelles ou par les marchés financiers.

"Au-delà des 10 milliards d'économies par an programmés sur la législature, le gouvernement s'est engagé à réduire les dépenses de 10 autres milliards sur la période 2014-2015" pour financer le crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE), rappelle le quotidien économique. Cependant, "pour tenir l'objectif d'un déficit ”zéro” à la fin du quinquennat, ce sont près de 50 milliards en cinq ans qu'il faut trouver", complète Le Figaro (pages 4 et 5). D'ici à la mi-2013, la façon d'opérer du gouvernement sera dévoilée.

Le Journal du dimanche croit toutefois savoir que "le gouvernement planche sur une baisse des allocations familiales" afin de ramener la branche famille de la Sécurité sociale à l'équilibre en 2016. L'intention du ministère de l'Economie serait de réduire ces prestations d'1 milliard d'euros l'an prochain, puis de 1,5 milliard supplémentaire l'année suivante. Pour cela, plusieurs pistes sont envisagées, notamment celle de "limiter les prestations accordées aux plus hauts revenus".

"Toutes les familles riches ou pauvres continueraient d'avoir droit à une aide", précise le JDD. Néanmoins, celle-ci serait plafonnée ou attribuée en fonction des ressources, comme c'est déjà le cas pour les aides au logement. De surcroît, les prestations pourraient être également soumises à l'impôt sur le revenu. Cette dernière initiative n'est pas pour dé­plaire au Premier président de la Cour des comptes.

Hier sur Europe 1, Didier Migaud a en effet déclaré qu'il s'agissait d'une piste envisageable, car "personne ne doit être à l'écart de l'effort". Dans le même esprit, a fait valoir ce magistrat, "fiscaliser la majoration des retraites pour les parents de trois enfants pourrait rapporter 800 millions d'euros à l'Etat".

Médicaments : petites révolutions sur le secteur
Statuant en référé à la demande d'un pharmacien de Caen qui avait ouvert une pharmacie en ligne, le Conseil d'Etat a décidé d'ouvrir le commerce sur internet à tous les médicaments vendus sans ordonnance. De la sorte, indique Le Monde (page 11), le Conseil d'Etat retoque un article du code de la Santé publique qui restreignait les ventes en ligne de certaines molécules.

Ce "changement majeur pour le secteur", écrivent Les Echos (page 19), va ainsi faire passer de 455 à près de 4.000 le nombre de médicaments accessibles en ligne. Jusqu'ici en effet, "seuls les produits en accès direct, c'est-à-dire situés devant le comptoir, étaient concernés". Ce n'était en revanche pas le cas des médicaments sans ordonnance que seul le pharmacien pouvait délivrer.

Autre évolution notable pour le médicament, indiquent Les Echos (page 4) : les remboursements ont reculé pour la première fois depuis 2008. Selon la Caisse nationale d'assurance maladie (Cnam), ce recul de 0,9% "est avant tout le résultat d'une baisse des prix massive décidée par le gouvernement Fillon". Pour les finances publiques, elle a représenté une économie de près d'1 milliard d'euros.

La montée en force des génériques est également pour beaucoup dans ce recul des remboursements. Grâce aux pharmaciens, qui se sont engagés au printemps 2012 à substituer plus régulièrement les génériques aux médicaments de marque, et aux patients qui ont été incités à les accepter, le taux de substitution est passé de 71% au début mai à près de 84% à la fin décembre. Les médecins de leur côté ont aussi été encouragés à en prescrire grâce à des incitations financières.

En 2012, plusieurs médicaments très prescrits ont également perdu la protection de leur brevet. C'est par exemple le cas du Tahor®, un anticholestérol dont le générique est vendu 60% moins cher. Les remboursements des médicaments contre le cholestérol ont reculé de près de 100 millions d'euros. On note également un recul concernant les antiulcéreux ou les anti-hypertenseurs. En revanche, les ventes de certains médicaments se sont maintenues, voire ont progressé, comme pour le Doliprane® et ses génériques (+ 17 % en 2012), ou, à l'hôpital, de nouveaux traitements contre l'hépatite C, la polyarthrite, le diabète, le sida ou encore les cancers.

Frédéric Lavignette