La réforme des retraites divise

Le sentiment des Français à l’égard de la réforme des retraites semble rejoindre celui des syndicats et de l’opposition. En d’autres termes, constatent Les Echos (page 2), les critiques qui ont été formulées à gauche depuis le début des concertations semblent avoir "porté leurs fruits dans l’opinion".

Selon un sondage réalisé par BVA, 61% des personnes interrogées estiment en effet que le ministre du Travail, Eric Woerth, "a tort de vouloir aller vite pour mener à terme cette réforme, car c’est un sujet délicat qui nécessite du temps et de la concertation". Elles sont en revanche 34% à considérer que cette réforme est un "problème qui doit rapidement être résolu".

Beaucoup de nos concitoyens semblent en tout cas désapprouver l’orientation prise par le gouvernement sur l’âge légal et la durée de cotisation. Comme l’observe le quotidien économique, "là aussi, l’opposition a semble-t-il marqué des points en défendant la taxation des banques, des stocks-options ou des revenus financiers comme moyen de financer les pensions à l’avenir".

De même, lorsque le Parti socialiste se dit favorable au maintien des 60 ans comme âge légal de départ à la retraite, 58% des Français le suivent. A leurs yeux, cette position est "légitime", car cet âge est "un acquis social et qu’il ne faut pas revenir dessus". Ils sont toutefois 37% à la considérer "démagogique". Pour ceux-là, un recul de l’âge légal de départ à la retraite serait "nécessaire pour combler le déficit du régime des retraites".

Des divergences de vues sont également perceptibles du côté des partenaires sociaux, note également La Croix (page 6). Alors que la plupart des représentations syndicales sont opposées à un report de l’âge légal au-delà de 60 ans, le syndicat des cadres CFE-CGC n’y est pas hostile.

Tous les partenaires s’accordent également sur la nécessité de trouver de nouvelles ressources, mais aucun moyen ne fait l’unanimité. "Faut-il privilégier la hausse des cotisations, et si oui, les salariés doivent-ils aussi la subir, au risque de perdre du pouvoir d’achat ? Doit-on, en plus, assujettir de nouveaux revenus, comme la participation, l’intéressement ou les stocks-options, à ces cotisations ?", interroge La Croix.

Il est néanmoins un point qui semble faire l’unanimité chez les syndicats : la défense du niveau des pensions, en baisse depuis la réforme Balladur. Toutefois, rapporte le journal, "si la CFTC veut une retraite égale au Smic pour toute personne ayant réalisé une carrière complète, la CGT préfère des pensions d’au moins 75% du revenu net d’activité". Pour la CFDT, la priorité est plutôt de "lutter contre les inégalités, les jeunes validant en moyenne 7 trimestres de moins à 30 ans que leurs aînés".

L’autre attente des médecins
Même si la revalorisation de la consultation de généraliste à 23 euros tend à les satisfaire, "les médecins ne sont pas dupes de ce geste très politique", qui confirme une annonce faite par Nicolas Sarkozy au lendemain de la défaite de la droite au second tour des régionales, relève L’Humanité (page 9).

Pour certains syndicats, cette mesure n’est en effet qu’"un premier pas vers la considération de la profession". Selon le président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), Michel Chassang, cette augmentation de 1 euro qui doit être effective à partir du 1er janvier 2011 "est beaucoup trop tardive".

En chargeant l’ex-ministre de la Santé, la Dre Elisabeth Hubert, de conduire une concertation sur les difficultés rencontrées par la médecine de proximité, le Président de la République ne satisfait que partiellement les attentes des praticiens. Le syndicat MG France veut "aller plus loin", notamment en organisant un "Grenelle de la santé de proximité". Pour son secrétaire général, le Dr Ribeille-Borgella, "en 2025, il n’y aura plus que 23.000 généralistes au lieu des 56.000 aujourd’hui. Moins de 10% des étudiants se destinent à la médecine générale. Il faut valoriser la discipline pour la rendre attractive. Nous sommes inquiets pour la qualité des soins."

Frédéric Lavignette