La Mutualité s’est toujours opposée à tout désengagement de la Sécu

"Rembourser les soins à 100%, une utopie ?". C'est le thème du débat de l'Humanité qui a réuni ce matin Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, le Pr André Grimaldi, diabétologue, initiateur de la pétition "Pour un débat public sur la santé", et Denis Lalys, secrétaire national de la fédération CGT des personnels des organismes sociaux. La Mutualité Française "s'est toujours opposée à tout désengagement de la Sécurité sociale", souligne son président.

L'Humanité (pages 13 et 14) convie ce matin trois personnalités à débattre du thème : "Rembourser les soins à 100%, une utopie ?" : Etienne Caniard, président de la Mutualité Française, le Pr André Grimaldi, diabétologue, initiateur de la pétition "Pour un débat public sur la santé", et Denis Lalys, secrétaire national de la fédération CGT des personnels des organismes sociaux. "Non ce n'est pas utopique, as­sure André Grimaldi. Mais à quatre conditions : définir un panier de soins soli­daire et égalitaire, transformer les complémentaires en assurances supplémentaires facultatives prenant en charge ce qui ne relève pas de la solidarité, revoir la politique du médicament et la politique conventionnelle avec les médecins."

"L'intervention de la Sécurité sociale est très insuffisante dans la prise en charge des soins courants : à peine 50%, voire quasi nulle dans certains domaines, 4% en optique, fait valoir, pour sa part, Etienne Caniard. Face à cette réalité, il existe deux types de réactions, toutes les deux caricaturales. D'un côté, les tenants d'une logique de libéralisation totale, de concurrence sans limites, qui pourtant font tout pour conserver leur rente. C'est inacceptable ! De l'autre, les tenants d'une Sécurité sociale qui devrait tout rembourser, alors que cela n'a jamais été le cas, toutes les dépenses et sans limites, sans s'interroger, notamment sur la pertinence des actes…"

Dans ce contexte, la Mutualité Française a un discours très clair, souligne son président : "Elle s'est toujours opposée à tout désengagement de la Sécurité so­ciale, mais constate que celle-ci ne suffit pas pour accéder aux soins, moins en­core aujourd'hui qu'hier."

La généralisation du tiers payant va-t-elle dans le bon sens ?, interroge L'Humanité. "Le tiers payant est sans aucun doute un bon outil pour favoriser l'accès aux soins, notamment de tous ceux qui aujourd'hui y renoncent pour des raisons de coûts, estime Etienne Caniard. Son efficacité a fait ses preuves dans les pays où il existe, sans générer, contrairement à ce qu'avancent ses détracteurs, de ”surconsommation” de la part des patients."

"C'est une très bonne idée", juge également Denis Lalys de la CGT regrettant par ailleurs le "paradoxe entre la volonté affichée par le gouvernement et sa politique vis-à-vis de la Sécurité sociale". "Le reste à charge des familles est aujourd'hui important et le PLFSS prévoit encore des déremboursements", déplore ce responsable syndical.

Les complémentaires santé sont-elles indispensables pour atteindre l'objectif d'un remboursement à 100% ? "Oui, incontestablement, et cela pour éviter le renoncement aux soins, mais pas à n'importe quelle condition ! Les mu­tuelles, de nombreuses études le prouvent, ont des pratiques plus solidaires que les autres complémentaires", indique Etienne Caniard. Pour lui, "l'ANI […] est une réponse imparfaite à la généralisation de la complémentaire santé". "Il ne se concentre en effet que sur 400.000 personnes, alors que dix fois plus n'ont pas de mutuelle, en particulier les jeunes en situation précaire, les chômeurs de longue durée et les retraités… Or, sans mutuelle, le renoncement aux soins est deux fois plus important", explique le président de la Mutualité Française.

Quels moyens, à vos yeux, permettraient d'atteindre la généralisation de la complémentaire santé ? "Si le président de la République veut absolument que la complémentaire santé devienne obligatoire pour tous, ce qui revient à créer un nouvel impôt santé privé, nous demandons que la Sécurité sociale puisse non seulement être l'assurance obligatoire pour tous, mais aussi, devenir la complémentaire de ceux qui le souhaitent", réclame le Pr Grimaldi. Pour Etienne Caniard, "une généralisation réussie nécessite une rénovation de ce qu'on appelle les contrats santé solidaires et responsables". "Cette réforme doit s'inscrire dans un ensemble de mesures portant sur tous les acteurs : les professionnels de santé, (…) qui doivent accepter un encadrement des tarifs, les complémentaires, qui doivent (…) permettre l'accès aux soins par un remboursement suffisant", et enfin, l'Etat, "qui devra être le garant de la solidarité et de l'intérêt général", conclut-il.

8.611 médecins s'engagent à limiter les dépassements
Le dispositif proposé il y a un an pour limiter les dépassements d'honoraires des médecins et améliorer le remboursement des assurés va pouvoir entrer en vigueur, annoncent Les Echos (page 4). En effet, 8.611 médecins de secteur 2, des spécialistes pour les deux tiers, ont accepté de signer le contrat d'accès aux soins (CAS) par lequel ils s'engagent à modérer leurs dépassements d'honoraires pendant trois ans.

En échange, ils bénéficieront d'un allègement de cotisations. "Les signatures se poursuivent sur un rythme de 120 à 150 par jour", affirme l'assurance maladie, qui vise les 10.000 adhésions, même si la participation d'un tiers des 24.600 médecins éligibles suffit à valider l'accord.

"Si plus de la moitié des néphrologues, radiologues, neurologues et pneumologues ont signé ce contrat, seulement un peu plus de 20% des chirurgiens et des ORL l'ont fait jusqu'à présent. Dommage, car ces spécialistes pratiquent généralement les dépassements les plus forts…", regrette Le Parisien/Aujourd'hui (page 10).

Le président de la Mutualité Française, pour sa part, se félicite de la prochaine mise en œuvre du CAS, mais il précise qu'il ne s'agit pas pour autant pour les mutuelles de légitimer les dépassements d'honoraires en les solvabilisant systématiquement. "Notre signature, a dé­claré Etienne Caniard à l'AFP, vise dans un premier temps à une maîtrise des dépassements et à une diminution dans un second temps."

John Sutton